Les vrais chiffres du chômage de juillet 2016 (L’Humanité)

François Hollande, adepte du « jeu de rôle »

sur la courbe du chômage

Au 31 juillet 2012, en tout début de quinquennat du président Hollande, la France comptait 2.983.100 demandeurs d’emplois de catégorie A inscrits à Pôle emploi. Au 31 juillet 2016, cette même catégorie A compte 3.506.600 inscrits à Pôle emploi, soit 523.000 chômeurs de plus. En déplacement hier dans le Maine et Loire avec sa ministre du Travail Myriam El Khomri, le chef de l’Etat s’est empressé de commenter les seuls chiffres de la catégorie A de ce mois de juillet qui font baisser sur un mois le nombre des demandeurs d’emploi n’ayant pas du tout travaillé en juillet de 19.100 personnes, soit une baisse de 0,5%.

Mais le nombre d’inscrits à Pôle emploi en catégorie B et C – ceux qui ont travaillé quelques petites heures dans le mois- est en augmentation de 26.700, ce qui fait augmenter le nombre total de demandeurs d’emplois de 7.600. Du coup, le nombre total d’inscrits à Pôle emploi est de 5.740.000 de personnes. Parallèlement, il y a eu 52.000 radiations administratives durant ce mois de juillet et l’on sait qu’il suffit souvent qu’une personne omette de faire une démarche administrative dans les délais pour être victime d’une telle radiation sans pour autant avoir retrouvé un travail. De même, l’augmentation du nombre d’hommes et de femmes mis en formation à moins d’un an de la prochaine élection présidentielle permet de sortir des chômeurs de longue durée des statistiques du chômage. Il y a eux ces derniers mois un doublement des mises en formation qui étaient auparavant de 40.000 à 50.000 par mois. Rien que dans le cadre des conventions qui sont signées depuis le mois de mars entre l’Etat et les Régions, ce sont 5.000 à 10.000 personnes qui sortent chaque mois des chiffres officiels du chômage en catégorie A, B et C pour basculer dans la catégorie D, celle qui n’est pas comptabilisée dans les chiffres du chômage.

Voilà pourquoi François Hollande se permet de dire que « depuis le début de l’année, le chômage baisse et nous pouvons considérer que toutes les catégories de chômeurs sont concernées ». C’est vrai en juillet, mais pour les seuls chômeurs de catégorie A, ce qui n’a rien d’étonnant quand on augmente à la fois les radiations et les mises en formation. Car même si, comme le dit Eric Heyer, directeur du département Analyse et Prévisions de l’OFCE, « il y a bien une baisse du chômage tirée par la reprise de l’emploi, cette baisse reste limitée et plutôt au profit de l’activité précaire ». Ce que souligne aussi la CGT dans un communiqué en indiquant que « les vases communicants ne font pas une baisse durable » en dépit du « jeu de bonneteau autour des chiffres du chômage pour masquer la faible création d’emplois majoritairement précaires ».

Mais on sait que toute une stratégie de communication évolutive et opportuniste a été mise en place à l’Elysée pour tenter de faire gober au bon peuple que le Chef de l’Etat tiendra d’ici la fin de l’année l’engagement de ne se représenter à l’élection présidentielle de 2017 que s’il parvient à inverser la courbe du chômage . Rappelons donc pour mémoire les principales déclarations de François Hollande sur ce sujet. Le 9 septembre 2012, il déclarait sur TF1 : « nous devons inverser la courbe du chômage d’ici un an ». Le 31 décembre de la même année, il récidivait lors de ses vœux aux Français : « toutes nos forces sont tendues vers un seul but, inverser la courbe du chômage d’ici un an ». Nous arrivions ensuite au 18 avril 2014 et le chômage continuait d’augmenter en France. Ce jour là, dans les locaux du groupe Michelin à Clermont-Ferrand, François Hollande déclarait : « Si le chômage ne recule pas d’ici 2017, je n’ai aucune raison d’être candidat à un deuxième mandat ».

Le 14 avril 2016 sur France 2, les propos du chef de l’Etat étaient bien plus ambigus sur le sujet quand il déclarait « ça va mieux, il y a plus de croissance, il y a plus de pouvoir d’achat pour les salariés. Un quinquennat c’est cinq ans et j’ai engagé une politique qui produit des résultats et qui en produira encore davantage mai, c’est vrai, je demanderai à être jugé sur la question du chômage ». Voilà qui est déjà plus ambigu car un engagement pris en début de quinquennat impliquait qu’il y ait moins de chômage en France au printemps 2017 qu’au printemps 2012, ce qui ne sera pas le cas.

Dans un livre(1) paru en mars dernier suite à de longs entretiens réguliers avec François Hollande à l’Elysée, ce dernier dévoile l’interprétation de l’inversion de la courbe du chômage qu’il conviendrait de faire en fin de quinquennat : « Ce sera une tendance, ce sera une ambiance. Plus une ambiance qu’une tendance, d’ailleurs. Il y a les chiffres, il y a les statistiques, et puis, il y a ce que les Français ont comme sentiment, comme impression de ce qu’est la réalité économique de leur propre vie. Aujourd’hui, ils se disent que ça va mieux. Ce n’est pas encore ce qu’ils voudraient, mais aujourd’hui, quand je dis que la reprise est là, ce n’est pas perçu comme une provocation. Il y aura toujours des gens au chômage, mais il faut qu’ils aient le sentiment qu’ils ne le seront plus longtemps. S’ils ont le sentiment qu’ils le seront pour toujours, ça n’ira pas ».

Sans doute faut-il chercher dans ces propos la justification de la loi Travail que le chef de l’Etat a fait porter par Myriam El Khomri : précariser l’emploi pour l’immense majorité des salariés afin d’accélérer le turn-over à Pôle emploi afin que les chômeurs aient le sentiment d’y rester moins longtemps. Enfin, quand François Hollande continue de dire que « la reprise est là » après avoir gavé d’aides le patronat via le CICE , les réductions de charges en tous genres et les aides directes à l’embauche, cela donne l’opinion suivante chez les patrons de l’industrie manufacturière dans une note de l’INSEE publiable ce jeudi 25 août : « les industriels sont moins optimistes qu’en juillet sur les perspectives générale de leur secteur (…) En août, les carnet de commande se dégarnissent dans leur ensemble (.. .) Dans l’agro-alimentaire le climat des affaires chute ».

Voilà à nouveau de quoi douter des propos délibérément optimiste du président de la République, grand commentateur, dans une sorte de jeu de rôle, de l’actualité politique, économique et sociale du pays. Au point de donner l’impression d’oublier que les Français l’ont élu pour la conduire pendant cinq ans en mai 2012 plus que pour la commenter !
INFOS +

– A propos des effets sur l’emploi de la multiplication des aides aux entreprises (65 milliards d’euros quand même ! sans compter exonérations de charges sociales et allègements d’impôts comme c’est encore prévu)… on lire avec intérêt le rapport de Trésor-éco en cliquant ICI

– et les entreprises sont aidées quasiment pour tout même pour payer les salariés au SMIC alors que c’est une obligation. La liste des aides aux entreprises

Source : Gérard le Puill, l’Humanité, 25 août 2016

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