Valls avec le diable (Maud Vergnol, Humanité)

« Si vous votez pour la gauche française, vous avez la droite allemande au pouvoir. » La sentence est tombée le week-end dernier, de la bouche même d’un ancien ministre du gouvernement Valls.

La tribune publiée hier par le premier ministre dans les Échos, alors que s’ouvre aujourd’hui l’université d’été du Medef, ne viendra pas contredire la saillie opportuniste d’Arnaud Montebourg. Certes – imminence d’échéances électorales oblige – Manuel Valls ne récidivera pas cette année sa brûlante déclaration « J’aime l’entreprise », assortie de preuves sonnantes et trébuchantes qui lui avaient valu les ovations d’un parterre de grands patrons. Mais la sérénade a beau être plus discrète, les gages d’amour sont bien là. Enrobé dans un joli paquet de novlangue libérale, où il est question, entre autres, de « rationalisations de l’action publique », de « flexisécurité » et de « levée des blocages », Manuel Valls offre à cette rentrée du Medef un nouveau présent : enterrer avant la fin de l’année le Code du travail. Cerise sur le gâteau, « l’ampleur du soutien aux entreprises ne sera pas remise en cause », assure le premier ministre. Une fin de non-recevoir cinglante en direction du Parti socialiste et de membres de sa propre majorité qui l’invitaient à réorienter une partie des sommes restantes du pacte de responsabilité vers les ménages et les collectivités locales. Eh bien il n’en sera rien, en dépit de l’échec cuisant du CICE. Le premier ministre ne le sait que trop bien, lui qui s’était engagé à tirer le bilan du pacte de responsabilité « avant l’été »

Pourtant, le gouvernement et le patronat devront rendre des comptes sur ce terrible gâchis d’argent public qui n’a eu aucun effet sur l’emploi et n’aura servi qu’à renflouer les poches des actionnaires du CAC 40. Alors le Medef a beau jeu de sangloter dès que l’un de ses caprices n’est pas exaucé, lui qui a tout obtenu du gouvernement. « Changer de ligne de conduite, c’est la certitude de tout perdre », affirme Manuel 
Valls. Les classes populaires, elles, auraient pourtant 
tout à y gagner.

Source : Editorial de Maud Vergnol, Humanité, 26 août 2015

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