UE-Grèce : la gauche européenne face à ses responsabilités (Politis)

L’« accord » UE-Grèce doit être voté ce mercredi par la majorité socialiste. Le Front de gauche et Syriza Paris militent pour « le non ».

Après s’être posée en garant d’un maintien de la Grèce dans la zone euro, la majorité socialiste s’apprête à voter en faveur du texte, en « soutien au peuple grec ».

Au grand dam de Syriza Paris, qui appelle clairement les gauches européennes à voter « non » au plan de l’Eurogroupe :

« Un accord avec le pistolet sur sa tempe ne peut pas être légitimé tant de point de vue politique que juridique et morale », dénonce Athina Vlachaki, coordinateur de Syriza Paris.

Les socialistes voteront en faveur du texte.

On attendait mercredi matin un éclaircissement de la position des « frondeurs » :

  • Pouria Amirshahi, « n’indique pas sa position », dans un billet de blog posté mardi 14 juillet, « car l’essentiel reste de construire une force collective, positive et confiante ».
  • Pascal Cherki devrait s’abstenir.

« À gauche pour gagner », l’aile gauche du PS s’est déclarée favorable au « oui », avec « un sens précis, et un message très clair » adressé à l’Europe : pour une aide d’urgence qui mette fin à « la descente aux enfers de l’économie grecque », pour « demander des garanties réelles et sérieuses sur la restructuration de la dette grecque » et enfin contre « toute tentation de mise sous tutelle » de la Grèce.

Tandis que le groupe EELV, va « voter oui ou ne pas participer au vote » pour « soutenir Tsipras et dénoncer cet accord » a expliqué Emma Cosse ce mercredi, les députés Noël Mamère et Isabelle Attard, qui ont récemment quitté EELV, ont fait savoir qu’ils voteraient contre :

« L’Europe, qui a été fondée sur des principes de solidarité, est devenue un camp de redressement comptable où les peuples sont soumis au joug des financiers et aux talibans du rééquilibrage des comptes », écrit Noël Mamère sur son blog.

Ajout, 14 h 43 : Selon l’AFP, 9 députés EELV, dont les deux co-présidents de groupe Barbara Pompili et François de Rugy, voteront pour. 7 s’abstiendront ou ne participeront pas au vote, dont Cécile Duflot.

Le groupe Front de gauche a « pris la décision à l’unanimité de voter contre ». Les déclarations de Pierre Laurent et André Chassaigne laissaient planer le doute sur leur choix, c’est finalement la ligne du « non », défendue par Marie-George Buffet et François Asensi qui fait consensus.

« Notre choix tiendra compte de deux exigences. D’abord, de l’impératif de solidarité à l’égard du peuple grec, de nos camarades de Syriza et d’Alexis Tsipras. Mais il doit être clair que nous ne pouvons soutenir le contenu d’un accord qui a été conçu par les dirigeants allemands en tout point pour humilier le peuple grec », jugeait Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, dans une interview à l’Humanité, ce mercredi.

A droite, on notera la position du député LR du Val-d’Oise, Axel Poniatowski, également vice-président de la commission des Affaires étrangères, qui annonce vouloir voter contre ce qu’il considère comme un « très mauvais accord ». Il a dénoncé ce mercredi matin sur RFI « un accord perdant-perdant », « humiliant et intenable pour la Grèce » et juge préférable d’« effacer une très grosse partie de la dette grecque »et de faire sortir la Grèce de la zone euro.

« Cet accord ne peut pas marcher, a-t-il jugé. Dans moins de douze mois, on en reparlera après avoir de nouveau dépensé plus de 80 milliards d’euros », a-t-il ajouté.

Le groupe parlementaire de Les Républicains ne donne pas de consigne de vote à ses députés, a indiqué son président, Christian Jacob.

Grève et tension en Grèce

Transport, hôpitaux, collectivités : le secteur public était au ralenti mercredi en raison d’une grève de 24 h à l’appel du syndicat des fonctionnaires (Adedy), qui s’oppose aux nouvelles mesures de rigueur. Il s’agit de la première grève depuis l’élection au pouvoir de Syriza en janvier dernier.

La Vouli doit voter ce mercredi soir un texte de loi de « Réglementations d’urgence pour la négociation et la conclusion d’un accord avec le mécanisme européen de soutien (MES) », qui énumère le premier volet de mesures, réclamées par les créanciers.

Une manifestation est prévue devant le Parlement.

Les députés de l’aile gauche, dont le ministre de l’Énergie Panagiotis Lafazanis, se sont exprimés contre les nouvelles mesures et en faveur du retour à la monnaie nationale. La vice-ministre des Finances, Nadia Valavani, annonce dans une lettre au Premier ministre qu’elle démissionne du gouvernement.

De son côté, Panos Skourletis, ministre de l’Emploi, a appelé mercredi les députés à voter le projet de loi.

« Que l’accord du 13 juillet reste lettre morte et qu’il soit invalidé », clame également Syriza Paris, demandant un programme de sortie organisée de l’euro contre la « la dictature de la Troïka ».

Source : Erwan Manac’h, Politis, 15 juillet 2015

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