Un revenu universel accordé à chacun

Gratuité et revenu universel au menu des

Rencontres déconnomiques à Aix-en-Provence

Journée riche en conférences et débats au Parc Rambot à Aix-en-Provence où ont démarré ce samedi 2 juillet les 4èmes Rencontres Déconnomiques en présence d’un panel d’intervenants de Manon Dervin à Benoît Bréville.
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Les débats se tiennent en plein air au Parc Rambot à Aix-en-Provence HB

Les passants les plus timides hésitent, repartent mais font « quasi-automatiquement » demi-tour pour rejoindre la véritable agora populaire ouverte depuis samedi matin jusqu’à dimanche soir au Parc Rambot, apprêté pour ces 4èmes Rencontres Déconnomiques inscrites cette année dans une analyse « écono-environnementale » de l’après Cop 21. L’occasion pour Manon Dervin, intervenante et jeune étudiante de Sciences Pô Rennes, de remettre les pendules à l’heure: « On considère qu’on est les demandeurs d’emplois, mais au contraire, nous offrons notre force de travail, il faut sans cesse inverser les choses… » Connue pour avoir été sélectionnée en 2015 dans le cadre du Cercle des Economistes avant que son article « Lettre à une croissance que nous n’attendons plus » soit publié par le Monde en juillet dernier provoquant un véritable buzz, Manon Dervin qui fait de la finance le principal responsable de ce que l’on nomme « crise économique », invite plutôt à une réappropriation des termes. « Les alternatives au système libéral et néolibéral sont là, elles sont nombreuses, seule manque une connexion entre ces alternatives. Concrètement si chaque citoyen pouvait se réapproprier les termes, ce serait un premier pas et non des moindres vers l’équité ». En investissant donc le vocabulaire des marchés financiers « Désinvestissement, décarbonisation, investissement vert, engagement actionnarial », la jeune intellectuelle qui précise « on devrait tous être à la fois dans les terres à cultiver et dans l’analyse à étudier », soumet: « C’est par le changement des comportements humains individuels que l’on pourra rendre caducs les investissements financiers traditionnels voire les marchés financiers tout court »… Une réappropriation syntaxique longuement évoquée dans sa lettre à une croissance, qui passe par la définition même du vocable.

« Un revenu universel accordé à chacun »

La Croissance?  » Une augmentation continuelle de la production de biens de services et d’échanges dans une économie… C’est une somme de valeurs ajoutées… Une partie intégrante d’un système productiviste, dont les moteurs que sont la dette, l’obsolescence programmée et la publicité, ne font qu’accroître les inégalités ».

Face à ce qu’elle qualifie surtout « d’illusion », Manon Dervin est déterminée: « Je souhaite l’instauration d’un revenu universel accordé à chacun, sans condition d’emploi, de la naissance à la mort, afin de garantir à tous un minimum vital et une vie décente. Il ne s’agit pas uniquement d’un revenu d’existence, mais bien d’un moyen de décentraliser la valeur travail afin d’amener un outil de transition progressive. Il s’agit d’instaurer un outil économique et social capable de nous faire sortir de l’impasse vers laquelle nous entraîne toujours plus vite cette société aux mécanismes de séduction et de contraintes. Il s’agit de questionner le sens de nos consommations et donc de nos productions en participant à la création de gratuités d’usage et de tirage ainsi qu’à une réappropriation de la création monétaire en dehors des logiques de marché. Moins de besoins, moins de travail et plus de temps pour aimer et vivre ». Un revenu en outre, inscrit en tant que « dotation inconditionnelle d’autonomie » dans un « pilier monétaire à tous comme le conçoivent certains penseurs », avec en outre « un droit de tirage pour consommer un volume de ressources naturelles, propriété de tous, mais au-delà duquel il s’agit d’être taxé en cas de surconsommation ». Egalement en vigueur de ce plan de l’équité et du respect humain et environnemental: « Le droit d’usage des services publics, transports, santé, pour tous gratuitement ».

Jeune historien journaliste au Monde Diplomatique où il est spécialiste de l’Amérique du Nord,  Benoit Bréville s’attarde quant à lui sur la question du Tafta et celle des tribunaux privés, soumise par ces accords qui ont selon ce dernier « pris des plombs dans l’aile depuis un an ». Et d’avancer: « Quand les gens sont informés sur le réel libre échange que le tafta induit, ils n’en veulent plus ».

La cordiale visite de François Hollande à Barak Obama il y a un an qui avait provoqué bien des frayeurs, devenue caduque le 26 juin dernier avec la déclaration de Manuel Valls « Il ne peut y avoir d’accord de traité transatlantique », suffisent-elles? Benoit Bréville est ferme, même en cas de changement de gouvernement en France : « Il faudrait l’accord de toute l’Europe, or pour ne prendre que l’Autriche et le parti social-démocrate et celui conservateur populaire sont opposés au Tafta »...

Un débat croisé a permis en outre de rappeler les « 3 phases de ratification, nécessaires pour le Tafta », dans un contexte où les tribunaux d’arbitrage également privés « datent de la seconde guerre mondiale créés alors de peur d’une sintabilité d’Etat, perdurent parce qu’il n’y a jamais eu d’opposition ».

Ce dimanche 3 juillet, les rencontres Déconnomiques accueilleront à 10h Christelle de Crémiers et Dominique Bourg autour de la transition écologique.

Source : Houda Benallal, La Marseillaise, 2 juillet 2016

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