Référendum en Grèce : le discours d’Alexis Tsipras (texte et vidéo)

Discours prononcé par Alexis Tsipras le 26 juin 2015. Traduit de l’anglais par Antoine Léaument sur la base de la version fournie sur le site du Premier ministre grec.

Je vous invite à partager ce discours sans modération sur les réseaux sociaux car, dans les heures et les jours qui vont suivre, la meute médiatique va redoubler ses aboiements contre celui qui fait le choix du peuple face à l’oligarchie et de la souveraineté nationale face aux diktats du FMI et de l’Europe. Partagez, pour que chacun.e puisse se faire sa propre idée ! En le faisant, vous serez un point d’appui de la lutte du peuple grec contre l’oligarchie et la dictature de la finance. Cette lutte est d’intérêt général. Il est de notre devoir de la soutenir. Comme l’a dit Jean-Luc Mélenchon à juste titre, la frontière de la Grèce est la frontière de la France. Ne l’oubliez pas. 

Citoyens grecs,

Au cours des six derniers mois, le gouvernement grec a mené une bataille sous une asphyxie économique sans précédent, dans le but d’appliquer le mandat que vous lui avez donné le 25 janvier.

Le mandat de négocier avec nos partenaires pour arriver à mettre un terme à l’austérité et pour faire revenir dans notre pays la prospérité et la justice sociale.

Pour un accord durable qui respectera la démocratie, les règles européennes, et qui conduira à une sortie définitive de la crise.

Durant les négociations, il nous a été demandé de manière répétitive de mettre en œuvre les politiques du mémorandum que les précédents gouvernements avaient accepté, en dépit du fait que ce mémorandum avait été condamné sans équivoque par le peuple grec lors des récentes élections.

Nous n’avons jamais envisagé d’abandonner – pas même pendant un instant. Ni de trahir votre confiance.

Après cinq mois d’âpres négociations, nos partenaires ont soumis une proposition-ultimatum à la rencontre de l’Eurogroupe, menaçant la démocratie et le peuple grec.

Un ultimatum qui contrevient aux principes et aux valeurs qui ont fondé l’Europe. Les valeurs de notre projet européen commun.

Il a été demandé au gouvernement grec d’accepter une proposition qui ajoutera un poids insupportable sur les épaules du peuple grec, et qui minera le rétablissement de l’économie et la société grecques – pas seulement en alimentant l’incertitude, mais aussi en aggravant les inégalités sociales.

La proposition des institutions[1] inclut des mesures qui vont augmenter la dérégulation du marché du travail, les coupes dans les pensions de retraite, et inclut de nouvelles réductions de salaires le secteur public – mais aussi une augmentation de la TVA sur la nourriture, les restaurants et le tourisme, tout en éliminant les exonérations d’impôts sur les îles grecques.

Ces propositions – qui violent directement les acquis sociaux européens et les droits fondamentaux à travailler, à l’égalité et à la dignité – prouvent que certains partenaires et membres des institutions ne veulent pas trouver un accord viable qui bénéficierait à toutes les parties, mais cherchent plutôt l’humiliation du peuple grec.

Ces propositions illustrent principalement l’insistance du FMI pour des mesures d’austérité sévères et punitives. Il est maintenant temps pour les pouvoirs dirigeants européens de se montrer à la hauteur de l’occasion et de prendre l’initiative pour mettre un terme définitif à la crise grecque, une crise qui affecte également d’autres pays européens, en menaçant le future proche de l’intégration européenne.

Citoyens grecs,

Nous faisons face à la responsabilité historique de ne pas laisser les luttes et les sacrifices du peuple grec rester vains, et de renforcer la démocratie et notre souveraineté nationale – cette responsabilité pèse sur nous.

Notre responsabilité pour le futur de notre pays.

Cette responsabilité nous oblige à répondre à l’ultimatum sur la base de la volonté souveraine du peuple grec.

Plus tôt ce soir, le Conseil des ministres était convoqué et j’ai proposé d’organiser un référendum afin que le peuple grec puisse décider.

Ma proposition a été unanimement acceptée.

Demain, le Parlement tiendra une session extraordinaire pour ratifier la proposition du Conseil des ministres pour qu’un référendum soit mis en place dimanche prochain, le 5 juillet. La question posée sera de savoir si la proposition des institutions doit être acceptée ou rejetée.

J’ai déjà informé le président français, la chancelière allemande et le président de la BCE de ma décision ; demain, je demanderai aux leaders de l’UE et des institutions une courte extension du programme – en cours d’écriture – pour que le peuple grec puisse décider sans pression et sans chantage, comme il l’est disposé dans la Constitution de notre pays et dans la tradition démocratique européenne.

Citoyens grecs,

Je vous appelle à choisir – avec la souveraineté et la dignité que l’Histoire grecque exige – si nous devons accepter l’exorbitant ultimatum qui appelle à une stricte et humiliante austérité sans fin, et qui ne donne aucune perspective de pouvoir un jour nous tenir debout sur nos deux pieds, socialement et financièrement.

Nous devrions répondre à l’autoritarisme et l’austérité sévère par la démocratie – dans le calme et la fermeté.

La Grèce, lieu de naissance de la démocratie, devrait envoyer un retentissant message démocratique aux Européens et à la communauté mondiale.

Et je m’engage personnellement à respecter la conséquence de votre choix démocratique, quel qu’il puisse être.

Je suis absolument certain que votre choix fera honneur à l’Histoire de notre pays et enverra un message de dignité à travers le monde.

Dans ces temps critiques, nous allons devoir rappeler que l’Europe est la maison commune de tous ses peuples.

Qu’en Europe, il n’y a ni propriétaires, ni invités.

La Grèce est et restera une partie intégrante de l’Europe, et l’Europe une partie intégrante de la Grèce.

Mais une Europe sans démocratie sera une Europe sans identité et sans boussole.

Je vous appelle tous à agir avec sang-froid dans l’unité nationale et à prendre une décision digne.

Pour nous, pour les générations futures, pour l’Histoire grecque.

Pour la souveraineté et la dignité de notre pays.

Alexis Tsipras, le 26 juin 2015

[1] Commission européenne, Banque centrale européenne (BCE) et Fonds monétaire international (FMI)


 

Référendum grec : Tsipras appelle à un « grand non » aux créanciers

Le parlement grec a approuvé par 178 voix contre 120 l’organisation d’un référendum sur les propositions de ses créanciers. Le gouvernement d’Alexis Tsipras disposait d’une majorité de 162 voix.

Devant la Vouli, le Premier ministre grec Alexis Tsipras avait appelé, dans un discours, à dire « un grand non à l’ultimatum » des créanciers du pays lors du référendum proposé par son gouvernement pour le 5 juillet. S’adressant aux parlementaires avant le vote organisé sur sa proposition de référendum, Alexis Tsipras a estimé que « le peuple grec dira un grand non à l’ultimatum mais en même temps un grand oui à l’Europe de la solidarité », et s’est dit persuadé qu’ « au lendemain de ce fier non, la force de négociation du pays sera renforcée » avec ses créanciers UE et FMI.
L’expression « grand non » est une référence au « Non » objecté par les autorités grecques à l’ultimatum de l’armée italienne souhaitant entrer sur le territoire grec en 1940. L’une des deux fêtes nationales grecques, le 28 octobre, est, pour cette raison, connue comme « le jour du Non ».

Ce référendum, a t-il toutefois souligné « n’est pas une tentative de scission avec l’Europe mais de scission avec des pratiques qui sont un affront pour l’Europe ».

« Les créanciers n’ont pas cherché notre approbation mais l’abandon de notre dignité, il faut le refuser » », a accusé de nouveau le Premier ministre dans un discours extrêmement offensif vis à vis des partenaires de négociation de la Grèce.« Dans le pays où est née la démocratie, nous ne demanderons pas l’autorisation à M. Dijsselbloem (le président de l’Eurogroupe) et à M. Schaüble (ministre allemand des Finances)  » de tenir un référendum, a-t-il notamment déclaré, affirmant que « le référendum se tiendra normalement qu’ils le veuillent ou non ». Il a également vertement reproché aux ministres des Finances membres de la zone euro de s’être réunis samedi « en excluant un de leurs membres » des Finances Yanis Varoufakis, d’une partie des débats. Avant d’estimer que le refus des interlocuteurs de la Grèce de prendre en compte les propositions d’Athènes traduit une volonté de « punir une voix différente en Europe ».

Le référendum n’est pas gagné pour autant et Alexis Tsipras ne l’ignore pas :« Depuis hier soir a commence une campagne de peur qui continuera jusque dimanche », a-t-il regretté. Mais « la peur est la seule chose qu’on ait a craindre », a-t-il lancé en référence à un célèbre propos de Franklin D Roosevelt en 1933 (« The only thing we have to fear is fear itself. »). Une référence intéressante.

Source : Michel Soudais, Politis, 28 juin 3015