Ce qu’Ecopla montre de notre système (vidéo)

Mardi 20 septembre 2016, Jean-Luc Mélenchon recevait les membres du collectif SCOP Ecopla au local de campagne de la France insoumise. Alors que leur entreprise a été placée en liquidation, ils souhaitent la reprendre en SCOP pour sauver l’activité et l’emploi en Isère. Ecopla est la seule entreprise de France à fabriquer des barquettes alimentaires en aluminium.


 

Ecopla : le propriétaire pille, la justice liquide

L’histoire d’Ecopla a été ces dernières semaines rapportée dans tous les journaux, elle est passée sur toutes les télés. Ses ouvrier.e.s font tout aujourd’hui pour faire connaître leur histoire, espérant ainsi peser sur le jugement en appel du 5 octobre qui doit décider de la revente des machines à un investisseur italien, ou de la reprise de l’entreprise en SCOP. C’est aujourd’hui et cet article est un moyen de les soutenir en ce jour crucial

Ce que l’on veut montrer et que ne disent pas les journaux c’est ce qu’Ecopla montre de notre système.

La mise en faillite de l’entreprise par l’actionnaire

Ecopla c’est l’histoire d’un millionnaire qui décide de racheter une entreprise pour la vider de sa substance. En effet en 2014 Jerry Ren, investisseur sino-américain, rachète la PME iséroise, une chance pour cette petite entreprise d’emballage aluminium ? Pensez-vous ! Il s’agit du coup de grâce. En l’espace de quelques mois l’entreprise est artificiellement mise en faillite pour que son heureux propriétaire puisse en tirer rapidement tous les avantages économiques et encaisser le maximum avant de l’abandonner. C’est ainsi qu’en janvier 2016, à trois mois de la liquidation il se verse un salaire de 80 000 euros sur la trésorerie de la petite entreprise. Les salarié.e.s dénoncent aussi, les 6 millions d’euros partis vers la maison mère, 200 000 euros facturés en Chine sans explication. Résultat des courses : au moment où l’administrateur de la justice vient faire le constat qu’il ne reste plus que 27 000 euros dans les caisses et ses 77 salariés sur le carreau.

Jerry Ren, mais aussi les fonds de pension américain (Audax) et une banque anglaise (Barkleys) avant lui, ont pu profiter non seulement de la richesse produite par les salarié.e.s mais aussi de l’argent public, car Ecopla a pu bénéficier du CICE, du chômage partiel, des fonds en recherche et développement, etc.

Le système est simple : il lui a suffi de transférer les marges de l’entreprise au sein du groupe-mère pour l’asphyxier totalement, jusqu’à ce que sa trésorerie ne puisse même plus financer la production et répondre aux commandes. Situation surréaliste d’une entreprise qui, 2 ans plus tôt, générait plus de 20 millions d’euros de chiffre d’affaire et dont le savoir-faire est largement reconnu. Tragédie pour une PME au carnet de commande est encore plein, qui ne parvient plus à financer sa production par manque de trésorerie.

C’est ainsi qu’Ecopla a été artificiellement mise en faillite par un propriétaire guidé par la seule volonté d’ajouter des dollars sur son compte en banque. Cette situation est malheureusement bien trop classique. Les grands groupes jonglent avec l’argent, d’une filiale à une autre, d’un pays à un autre, cherchant d’un côté à éviter d’un côté les taxations et de l’autre à éviter de prendre trop de risques dans le développement d’une activité réelle.

Un système juridique et politique complice

Pourtant alertée plusieurs fois dans le passé, notamment en 2014 où l’entreprise avait été pendant peu de temps mise en redressement, il faut attendre la cessation de paiement pour que la justice intervienne. En 3 semaines une entreprise qui prospérait depuis 4 ans s’est retrouvée liquidée. Quel est le rôle de la justice alors? Préserver l’emploi ? Permettre à une entreprise rentable de survivre ? Non. C’est de s’assurer que personne ne soit lésé.e. Or les seul.e.s dont la justice considère qu’ils pourraient l’être, ce sont les créancier.e.s d’Ecopla.

La justice française ne n’est pas là pour constater que des emplois ont été délibérément sacrifiés, des vies gâchées. Rien de tout cela n’est reconnu par le tribunal de commerce.
Alors le tribunal applique machinalement la règle. Un groupe italien rachète les machines et permet de rembourser la maison mère (Jerry Ren manque, c’est vrai, de liquidité…) et les caisses publiques d’allocation. Et c’est signé.

La situation idéale pour une montée en SCOP

Et pourtant les salarié.e.s n’ont pas ménagé leurs efforts pour sauver par eux-mêmes et elles-mêmes leur entreprise. Le projet de Scop apparait dès octobre 2014 chez les salariés d’Ecopla. Depuis le projet s’est renforcé, la levée de fond atteint 2.3 millions d’euros, les client.e.s sont prêt.e.s à passer de nouveau contrat, les banques à prêter l’argent. On n’aurait pu rêver meilleure situation pour lancer une SCOP, tout était prêt. Mais le tribunal de commerce ne s’intéresse pas au possible redémarrage de l’activité ; que les dettes soient ré-échelonnées sur le long terme, cela ne lui plait guère, Ce qui est important c’est que les créanciers aient leur argent, le plus vite possible.

Et tant pis si la dette due aux caisses publiques est inférieure à ce que les ex-ecopla vont désormais coûter au chômage, soit environ 1 million d’euros. Tant pis si l’Etat se voit privé des recettes fiscales qu’aurait générés la reprise de l’activité. Le tribunal applique, bête et méchant, le remboursement des créances.

Alors il n’y aurait pas d’interprétation de la loi ? Pas de sens dans ce système ? Pensez-vous ! Ce système est logique. Logiquement libéral et favorable aux chefs d’entreprises. Evidemment, puisque la justice au tribunal de commerce est rendue par des chefs d’entreprises élu.e.s indirectement par … d’autres chef.fe.s d’entreprises ! Ils et elles ne font qu’appliquer un système qui leur convient parfaitement. L’entreprise n’existe que par et pour son propriétaire.

Et le pouvoir politique dans tout ça ?

« Vous auriez pu sauver Ecopla », « Peut-être et ça c’est mon erreur », « Ca fait 18 mois que vous nous avez pas répondu »

Le pouvoir politique il agite les bras quand il s’agit de passer devant les caméras comme a pu le faire Laurent Wauquiez président de la région. Mais quand il faut passer à l’action alors il n’y a plus grand monde. Dernier exemple en date, médiatiquement connu, lorsqu’Emmanuel Macron, qui alors qu’il avait été sollicité par les employé.e.s à plusieurs reprises est resté muet très longtemps avant de se décider à répondre au courrier… La veille de sa démission. Interpellé par les employés d’Ecopla qui, accompagné.e.s du journaliste François Ruffin l’attendaient devant Bercy, il finit par reconnaître avoir fait une erreur. Facile maintenant qu’il n’est plus ministre.

Mais il n’est pas le seul que les salariés ont essayé de rencontrer. La secrétaire d’Etat les a reçu.e.s mais s’est cachée derrière la décision de justice affirmant ne pouvoir intervenir d’aucune manière. Nous en sommes là, doté.e.s d’un pouvoir politique qui refuse d’intervenir dans la vie économique et industriel. Laissant le marché, et une justice qui travail pour lui fonctionner librement. C’est ainsi que furent refusés l’effacement de la dette sociale d’Ecopla (pourtant rentable si on la compare aux coûts sociaux de chômage, et d’impôt perdu), ou l’intervention du procureur de la république.

Voilà comment aujourd’hui en France, par sa simple volonté, le propriétaire d’une entreprise peut décider de faire disparaitre celle-ci à son profit, tranquillement assisté par une justice qui lui est favorable et qui semble oublier que le commerce n’est pas constitué que de machines de production et de capitaux, mais qu’il existe au milieu de tout ça, des hommes et des femmes sans qui rien de tout cela ne pourraient fonctionner.

Ce système, il est bien évidemment entretenu par des gouvernements successifs qui sont très loquaces lorsqu’il s’agit de réformer le « code du travail » mais qui ne touchent pas au fonctionnement de la justice commerciale. Dans l’affaire Ecopla comme dans les autres, lorsque les politiques sont interrogé.e.s, ils et elles se cachent derrière l’impossibilité d’interférer dans les affaires de la justice.

Alors on espère qu’aujourd’hui, il y a aura un petit miracle et que l’appel sera une victoire, une victoire sociale et humaine. Et en attendant vous pouvez toujours aller vers elles et eux et leur montrer que vous les soutenez, via leur page facebook ou le site de l’URSCOP.

Source : Blog Mediapart, Aurélien Le Coq et Chloé Lebas, 5 octobre 2016