Le Parti de gauche récolte des voix pour la révocation

Le parti fondé par Jean-Luc Mélenchon a organisé, de samedi à mardi, une votation citoyenne en faveur d’un référendum révocatoire des élus à mi-mandat. Avec 500 urnes réparties dans 75 départements, ses militants ont recueilli plus de 180 000 votes, dont 98 % de oui.

« Êtes-vous favorable au droit de révoquer les élus ? » Pendant les quatre jours du long week-end du 11 novembre, les militants du Parti de gauche (PG) ont posé la question dans 75 départements français lors d’une votation citoyenne. « 184 892 personnes y ont participé », a annoncé le PG, mardi soir tard, dans un communiqué. « Ce chiffre montre qu’il y a une vraie adhésion à cette question qui, selon certains, serait éloignée des préoccupations populaires, s’est réjouie, hier, Raquel Garrido, porte-parole du Parti de gauche sur la VIe République. On s’aperçoit que tout est lié ; que, pour redistribuer les richesses, remettre en cause l’austérité, il faut récupérer le pouvoir citoyen. »

Risque de zapping politique ?

Autour des 500 urnes déployées par les militants sur le territoire, la votation aura été l’occasion de débats (lire notre édition du 10 novembre) sur ce nouveau droit que le PG envisage comme la possibilité de convoquer un référendum révocatoire à l’initiative de 5 à 10 % des inscrits sur les listes électorales.
À la mi-mandat de François Hollande, le président de la République est évidemment dans la ligne de mire de l’initiative, mais n’importe quel élu, si ce droit devenait effectif, pourrait être révoqué à condition qu’une majorité, comportant plus de voix que celle qui l’a porté au pouvoir, y soit favorable. Si certains redoutent qu’une telle disposition favorise le zapping politique, c’est « le fait de susciter davantage de représentativité et un meilleur lien entre le peuple et ses représentants qui, au contraire, stabilisent la politique », selon Raquel Garrido.
La proposition a très largement recueilli l’approbation de ceux qui ont participé : « 181 186 personnes se sont prononcées pour le oui (98 %) tandis que 3 706 ont voté non (2 %) », a calculé le PG, qui y voit un résultat « logique », puisqu’il est le fait d’une « campagne d’éducation populaire pour l’acquisition d’un droit nouveau ».
Selon un sondage Yougov pour 20 Minutes publié ce week-end, une majorité de Français pourraient y être favorables : 53,7 % des sondés se sont prononcés pour, 32,3 % contre et 14 % n’avaient pas d’avis.
La démarche de votation citoyenne n’a pourtant pas été au goût de tout le monde. Le maire FN de Fréjus, David Rachline, a fait intervenir la police municipale pour évacuer les militants : « Il a été établi que le groupe en question s’était installé sur l’un des emplacements du marché dominical sans autorisation d’occupation du domaine public », argue l’édile. Plus clair : « Pour avoir un stand sur le marché et donc occuper le domaine public, il faut une autorisation, comme n’importe quel commerçant, et il faut s’acquitter d’une redevance », s’est-il justifié auprès du Monde. De quoi provoquer la colère de Raquel Garrido : « Aucun maire ne traite les citoyens comme des commerçants ou des marchands de tapis. La position de David Rachline est celle du FN actuellement : protéger le système de la Ve République », estime l’avocate. Le procès-verbal dressé par les forces de l’ordre devrait être contesté dès sa réception.

(Ajoutons que le maire de Pélissanne, UMP, a eu la même attitude dimanche dernier, sur le marché…)

Le PG n’entend pas en rester là

Fort de cette première expérience, le PG n’entend pas en rester là et souhaite organiser une « nouvelle votation sur le même thème à une échéance à déterminer ». Cette fois, il s’agirait de ne pas agir seul, mais en partenariat avec le Mouvement pour une VIe République (M6R), lancé en septembre par l’ancien coprésident du PG, Jean-Luc Mélenchon, avec les autres composantes du Front de gauche, et « plus globalement (avec) toutes les organisations de gauche opposées au gouvernement ». Au Front de gauche, si la VIe République est une nécessité partagée, la révocation des élus ne fait pas partie de son programme, l’Humain d’abord. « À Ensemble, nous voulons mettre à bas la République monarchique », approuve Clémentine Autain, qui précise : « Le principe de faire une votation citoyenne sur la question de la révocation des élus, cela méritera discussion. » Quant au PCF, il débattait ce week-end de la VIe République à l’occasion de sa conférence nationale.

Les socialistes « affligés » rejoignent le mouvement. « Affligés » par l’austérité « imposée sans débat à son camp par un seul homme en vertu des pouvoirs que lui confèrent les institutions de la Ve République », des responsables du PS et du MJS, emmenés par Liêm Hoang-Ngoc, ont répondu « positivement à l’appel lancé en faveur d’un mouvement pour une VIe République », ce dont se félicite Jean-Luc Mélenchon.

Source : Julia Hamlaoui, Humanité, 13 novembre 2014

Photo de Une : Albert Facelly/Divergence

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