Palestine : les ONG témoins de l’insupportable (Humanité)

À l’Assemblée nationale hier, des organisations humanitaires ont souligné l’urgence de la fin du blocus et de la reconnaissance de la Palestine.

«Je veux témoigner d’une catastrophe humanitaire et environnementale », explique Najma Jamee. Jeune ingénieure, engagée auprès de l’association France Palestine Solidarité, elle se trouvait il y a cinq jours à peine dans la bande de Gaza. Hier matin, en compagnie de plusieurs militants d’ONG, elle a participé à une rencontre à l’Assemblée nationale, bénéficiant du soutien des parlementaires communistes. Avec une émotion contenue, elle résume : « La plupart des familles que j’ai côtoyées sont désormais victimes de troubles psychologiques, et contraintes de vivre sans dignité, hébergées comme elles peuvent, disposant souvent d’à peine trois litres d’eau par jour et par personne. » De plus, depuis les bombardements, « la production d’électricité est défaillante, ce qui a pour conséquence de bloquer les stations d’épuration. Ainsi, 70 % des eaux usées sont rejetées directement dans la Méditerranée. Une pollution que subissent aussi les pêcheurs, ainsi privés de leur travail… ».

TOPSHOTS-PALESTINIAN-ISRAELI-CONFLICT-AIDLes ruines comme terrain de jeux, pour ces enfants palestiniens, dans le quartier de Shejaiya,
à Gaza, le 12 octobre. Photo : AFP / Mahmud Hams

« Les colons peuvent utiliser soixante-quinze fois plus d’eau »

Un constat alarmant que confirme Johanna von Toggenburg, de l’association Ewash : « Les Palestiniens subissent un régime discriminatoire, l’accès au fleuve du Jourdain leur est par exemple interdit, alors que les colons peuvent utiliser soixante-quinze fois plus d’eau qu’eux, dit-elle, une situation sans possibilité de survie, ce qui contraint les populations à déménager. » « En revanche, souligne Kareem Joubran, du Centre d’information israélien pour les droits de l’homme dans les territoires occupés (B’Tselem), chaque jour, les colons élèvent de nouvelles constructions. Dans la vallée du Jourdain, ils contrôlent plus de 90 % des terres, alors qu’il faudrait bloquer le développement des colonies, lesquelles bloquent toute solution… » Ce que confirme Alejandra Garcia Paton, de Médecins du monde : « Les populations sont confrontées à une violence constante. Sur Gaza, avec les aides internationales, nous avions réhabilité 25 centres de santé après l’opération “Plomb durci”. À l’issue de la guerre de l’été dernier, 20 de ces structures sont à nouveau anéanties. » Aujourd’hui, poursuit Marya Farah, de l’ONG Palestinienne Al Haq, basée à Ramallah, « il est urgent de lever le blocus notamment pour les matériaux de reconstruction ; à l’approche de la mauvaise saison, on peut craindre le pire ».

Le président du groupe Front de gauche à l’Assemblée, André Chassaigne, s’est dit particulièrement solidaire des inquiétudes exprimées, rappelant « l’urgence du respect du droit international et de la reconnaissance de l’État palestinien ». « Il faut en finir définitivement avec cette situation indigne », a insisté la sénatrice communiste Michelle Demessine. Pour la députée Marie-George Buffet, « nous devons faire à nouveau grandir la mobilisation populaire ». La reconnaissance par la France de l’État palestinien, comme l’ont déjà fait d’autres nations européennes, serait un acte fort sur le plan international. Les parlementaires écologistes ont déposé un texte dans ce sens, les socialistes aussi (débattu le 28 novembre), pour les communistes ce sera le 11 décembre au Sénat. Un peu plus tard à l’Assemblée.

Enfin, hier après-midi, on apprenait que la municipalité de Jérusalem, poursuivant la stratégie d’Israël, a approuvé la construction de 200 nouveaux logements dans le quartier de colonisation de Ramot. Ce qui ne pourra que créer de nouvelles tensions. À l’inverse des attentes des ONG.

Source ; Gérald Rossi, Humanité, 13 novembre 2014

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