Nouvelle convention Unedic sur le dos des chômeurs

Culture et démocratie contre austérité

François Hollande et Manuel Valls viennent de décider d’une baisse de 2,3% du budget de la Culture et sont favorables à l’agrément de la nouvelle convention Unedic. Une convention qui doit réaliser une économie de 2 milliards sur le dos des chômeurs dont plus de 400 millions sur celui des intermittents, qui dans le spectacle, lieu de précarité par excellence, alternent période d’activité et de chômage. Pourtant, même d’un point de vue bêtement comptable, le secteur culturel est crucial. Il pèse 58 milliards d’euros (5 fois l’industrie automobile), soit 3,2% du PIB. Il emploie 670 000 personnes dont 150 000 pour le spectacle vivant, gros utilisateur d’intermittents, et génère à lui seul 8,8 milliards d’euros. Ces intermittents ont un inévitable « coût » que certains jugent élevé. 1 milliard annuel a prétendu la Cour des comptes… un chiffre ramené à 320 millions par l’Unedic même.

43% des intermittents indemnisés

Encore trop pour le Medef qui affecte de les voir en privilégiés et souhaitait purement et simplement leur suppression. Avec 507 heures de travail (3 mois), les intermittents s’ouvrent des droits d’indemnisation à l’Unedic pour 243 jours (8 mois) contre 610 heures pour 4 mois pour le régime général. Le privilège ne fera pourtant pas rêver les amateurs de Loto. Le salaire moyen annuel d’un intermittent s’établit en 2011 à 8 503 euros. Il servira de base au calcul d’indemnités qui le complèteront en moyenne de 40%. A condition toutefois que le salarié ait pu accomplir ses 507 heures dans les 10 mois qui précèdent l’ouverture éventuelle de ses droits à indemnisation. Ce qui n’est pas gagné. En réalité, sur les 254 394 artistes et techniciens à avoir cotisé aux annexes spécifiques du spectacle (la VIII et la X) en 2012, ils sont seulement 43% à être indemnisés soit 108 658 intermittents. Malgré une augmentation de la masse salariale sur la période 1989-2007 de 84%, les intermittents ont vu décroître leur nombre de jours de travail de 35% et leurs revenus d’autant. L’appauvrissement général des salariés en général se fait sentir dans la fréquentation culturelle et le sous-emploi n’épargne pas le secteur.

Faire payer les chômeurs

La nouvelle Convention Unedic signée le 22 mars dernier entre le Medef et les syndicats hors la CGT et la CGC va nettement faire empirer les choses. Concernant l’intermittence, l’accord prévoit une augmentation des cotisations sociales employeurs-salariés de 2 points, ce qui fragilisera les petites compagnies et occasionnera aux seconds une perte de revenus de 0,7% à 0,8% ; un plafonnement mensuel du cumul salaire-indemnités ; la création d’une carence après chaque recalcul de droits. Il existe actuellement un délai de 7 jours non payés avant toute nouvelle reprise d’indemnisation. Il sera augmenté de près d’un mois pour la majorité des 50% d’intermittents qui vont y être soumis (la cible est ajustée sur les revenus moyens). C’est la vitalité culturelle, ses structures, ses acteurs qui sont remis en cause. L’offensive austéritaire n’épargne d’ailleurs aucune catégorie de chômeurs. De l’annexe IV qui régissait le droit des intérimaires, vont désormais être exclus les vacataires de l’éducation nationale, les extras de la restauration… pour ne concerner que les intérimaires au sens strict. Mais d’une telle manière que pour plus de 70% d’entre eux, leurs revenus baisseront de près de 200 euros par mois. Quant au régime général, il prévoit pour les licenciés indemnisés au-delà du minimum légal un différé du début de la prise en charge qui pourra atteindre 180 jours (contre 75 aujourd’hui). Les chômeurs seniors de plus de 65 ans se verront eux, appliquer un prélèvement de solidarité de 6,4% sur leur indemnisation… Le Medef et les syndicats signataires ont décidé de faire payer les chômeurs. Avec la complicité du gouvernement s’il agrée la convention.

Un test démocratique

Avant d’être nommé ministre du Travail en mai dernier, François Rebsamen s’était élevé contre un agrément éventuel qui, on l’a compris, va réduire le nombre des intermittents, précariser les survivants et mettre à genoux le secteur culturel. Sa volte-face lui a valu le « Molière de la meilleure trahison pour son rôle d’employé du Medef » lors de la dernière cérémonie d’une profession unanime. Craignant que la mobilisation croissante ne remette en cause la tenue des festivals d’été (85 en France soit plus de 3000 spectacles par an, 1 million de spectateurs et 50 millions de chiffres d’affaires), le gouvernement a décidé d’allumer deux contre-feux. Le premier en la personne du député socialiste Jean-Patrick Gille, nommé médiateur mais en faveur de l’agrément, donc juge et partie. Le second, avec la promesse d’une réunion tripartite, Medef-syndicats-Etat, afin de revoir le statut de l’intermittence, courant juillet. Deux annonces soupçonnées d’être dilatoires et qui n’ont convaincu personne.

Aussi les intermittents ont choisi la radicalisation, la grève des festivals déjà ouverts avec en ligne de mire le plus emblématique, Avignon, dès le 4 juillet. Et cela, quoi qu’il leur en coûte : perte sèche de revenus, investissement de longs mois dans un projet artistique réduit à néant, remise en cause de leur maintien aux droits à l’intermittence puisqu’en grève, ils ne valident aucune heure. Une réalité loin des « intermittents grincheux » (sic) du Figaro ou de l’ignominie d’un Plantu qui les suggère dans L’Express en censeurs de la culture, allant jusqu’à tracer un parallèle avec la politique du front national… Est-ce parce que leur lutte recouvre plusieurs enjeux ? En dehors de celui fondamental de la culture, il y a bel et bien, avec le « statut » intermittent une réponse possible à une précarité et une flexibilité en pleine expansion, un épouvantable exemple pour tous les libéraux. Il y a aussi la contestation d’un déni de démocratie. Dans le processus même de négociation d’abord: la CGT a assigné en justice les 6 organisations signataires de la Convention pour « déloyauté, manque de sérieux des négociations » qui se seraient tenues en petit comité exclusif dans les couloirs. Dans la surdité ensuite aux arguments des professionnels unanimes : le Syndeac (syndicat des entreprises artistiques et culturelles), les directeurs des lieux culturels et des festivals (dont Olivier Py à la tête de celui d’Avignon) sont totalement solidaires des intermittents. Dans le mépris des représentations politiques enfin qui fait fi de l’avis d’un grand nombre de parlementaires et élus locaux, de ceux du Front de Gauche, d’EELV et même de responsables du PS comme Jean-Christophe Cambadélis, Martine Aubry ou Anne Hidalgo, plaidant tous contre l’agrément de cette convention par le gouvernement Valls.


Le GMT contre toutes les cultures

Dans le cadre du GMT, la culture est considérée comme une marchandise comme les autres. A ce titre, le spectacle vivant, les arts plastiques, l’édition, etc. ne peuvent opposer leurs spécificités à un traitement de « concurrence libre et non faussée ». Cela en serait fini des subventions et aides publiques, des politiques culturelles territoriales et bien sûr du régime des intermittents du spectacle.

Source : Jean-Luc Bertet, 24 juin 2012