Nouveau record de chaleur dans le monde en juillet 2016 (Humanité)

Depuis la conférence de Paris sur le climat en décembre 2015, les records de chaleur se multiplient mois après mois. Pourtant la formule célèbre consistant à dire «notre maison brûle et nous regardons ailleurs» que Nicolas Hulot avait soufflée à Jacques Chirac pour son discours au sommet de Johannesburg le 11 mars 2007 est plus vraie que jamais s’agissant des principaux dirigeants politiques de la planète, à commencer par ceux de l’Union européenne. Car nos décideurs politiques ne décident de rien sur le sujet.

Il y a urgence à réduire les émissions de gaz à effet de serre en France, en Europe et dans le monde entier. Après le mois de juin le plus chaud de tous les temps, juillet 2016 bat un nouveau record avec une température plus élevée de 0,83% que la moyenne des températures relevées à cette époque de l’année par rapport à la moyenne des années comprises entre 1951 et 1980 . Pour ce qui est du premier semestre de cette année, il est aussi le plus chaud depuis que l’on fait des relevés de température. On dépasse de 1,3°C la température moyenne de 1880, début de l’industrialisation des pays capitalistes. Nous ne sommes donc pas loin du 1,5°C que les signataires du texte de la Cop 21 à Paris ont jugé souhaitable d’atteindre comme limite d’ici la fin du siècle en cours, les + 2°C étant le niveau à ne pas atteindre si nous voulons garder une planète vivable pour les générations futures.

Alors que le processus de ratification de l’accord de Paris est ouvert depuis le mois d’avril dernier et doit être terminé en avril 2017, la France et la Hongrie sont les deux seuls pays européens à l’avoir ratifié tandis que les quelques 22 pays sur 195 qui l’ont fait ne représentent que 2% des émissions de gaz à effet de serre (GES) 50% de ce chiffre étant imputable à la France. Ce sont souvent des petites îles dévastées par des tempêtes et menacées par la montée du niveau de la mer qui ont signé le texte de la Cop 21.

Ce n’est pas le cas des Etats Unis et de la Chine. Ces deux pays responsables de 40% des GES sont pourtant très touchés par les conséquences du changement climatique, qu’il s’agisse des incendies en Californie, des inondations en Louisiane ou dans certaines provinces chinoises sans même parler de l’insupportable pollution des villes. En Inde et au Pakistan on a dépassé les 54° C à l’ombre ces derniers mois dans certaines régions soumises à des sécheresses prolongées.

Mais le réchauffement global fait alterner la sécheresse et les inondations. C’est vrai en France où certains départements doivent restreindre l’usage de l’eau tandis qu’une région comme l’Ile-de-France a subi en mai et juin des inondations dévastatrices dans de nombreuses villes et villages. La récolte céréalière y a été amputée de 30 à 40% par rapport à l’an dernier du fait des pluies de la fin du printemps et d’un manque de luminosité défavorable à la formation des grains dans les épis.

Nous voyons là que les conséquences du réchauffement climatiques sont multiples et variées, mais globalement négatives pour la production agricole. Car le réchauffement durant l’hiver favorise un démarrage précoce de la végétation qu’une gelée tardive de printemps peut ensuite détruire comme ce fut le cas cette année pour les vignobles de certaines régions. Au point que l’on sait déjà que la récolte de vin sera inférieure de 10% à la moyenne des dernières années. A conditions que les orages de grêle de la fin de l’été ne viennent pas alourdir le bilan.

A ce propos, 2.000 hectares de vignes viennent d’être grêlés dans le département de l’Hérault, notamment du côté du Pic Saint Loup où 60 à 80% de la récolte ont été perdus en quelques minutes suite à la chute de grêlons gros comme des balles de ping-pong. C’est cela aussi le réchauffement climatique : la température à la surface de la terre et des océans se réchauffant, il y a beaucoup plus d’évaporation. Quand les nuages rencontrent ensuite des courants d’air froid en altitude, ils nous font tomber des glaçons sur la tête.

Suite à cette nouvelle catastrophe, le ministre de l’Agriculture a publié un communiqué pour indiquer que les vignerons sinistrés pourront « solliciter un dégrèvement de la taxe sur le foncier non bâti 2016 pour les parcelles touchées par la grêle » et « solliciter auprès des caisses de la Mutualité sociale agricole (MSA) un report de paiement des cotisations ». Mais ça ne va pas leur donner du revenu. Ségolène Royal vient de partir en Arctique avec Jean-Louis-Etienne pour constater l’évolution accélérée du réchauffement dans cette zone.

Si cette mission d’information peut avoir de l’intérêt, force est de constater qu’aucun ministre du gouvernement Valls et moins encore le président de la République n’est à l’initiative en France pour tenter de mettre en place progressivement une économie à faible bilan carbone. Au contraire, d’accord en cela avec les candidats de la droite pour l’élection présidentielle, ils continuent de soutenir la négociation avec les Etats-Unis et les pays d’Amérique du sud pour parvenir à des accords de libre échange qui augmentent le bilan carbone de chaque calorie produite dans le monde en raison notamment de la déforestation et des sécheresses que ces échanges suscitent, à quoi s’ajoutent les transports de marchandises sur des distances de plus en plus longues.

A ce propos, on nous annonce que les récoltes d’orange à jus destinés à l’Europe seront en forte baisse cette année en Floride et au Brésil du fait de sécheresses prolongées. Pour les même raisons, les fleuves et rivières du Paraguay, notamment la rivière Pilcomayo, s’assèchent et deviennent des cimetières pour les poissons et les caïmans dont les vautours viennent désormais se repaître.

A droite, comme dans le camp de François Hollande, l’enjeu relatif au port du burkini sur les plages à pris le pas sur les enjeux climatiques. C’est aussi quand de tels débats prennent le pas sur les enjeux essentiels que l’on mesure la nullité des gens qui prétendent nous représenter au plus haut sommet de l’Etat.

Source : Gérard Le Puill, l’Humanité, 20 août 2016