Meeting du 16 Mars 2015 : “L’humain d’abord”, c’est aussi la poésie

Quand la poésie a toute sa place dans un meeting politique…

Comme l’a écrit Elsa Le Boudec, “plus la poésie sera vivante et présente partout, plus le monde a des chances d’être plus humain”. Elle a terminé son intervention par la lecture d’un poème de sa composition et Véronique Zurano a lu un poème de Paul Eluard.

Printemps

Paul Éluard, Recueil : “Le Phénix”

Il y a sur la plage quelques flaques d’eau
Il y a dans les bois des arbres fous d’oiseaux
La neige fond dans la montagne
Les branches des pommiers brillent de tant de fleurs
Que le pâle soleil recule
C’est par un soir d’hiver dans un monde très dur
Que je vis ce printemps près de toi l’innocente
Il n’y a pas de nuit pour nous
Rien de ce qui périt n’a de prise sur toi
Et tu ne veux pas avoir froid
Notre printemps est un printemps qui a raison.

 

Eglantines et jasmin

poème écrit pas Elsa Le Boudec

Entre chien et loup
on ne sait rien, on devine
le chien dort au coin du feu
le loup court dans le bois

et là haut les oiseaux
guettent l’autre rive de la frontière
de ma frontière
je t’aperçois
toi mon exilée, ma tendresse, ma lumière

tu as brûlé tes doigts au braises de l’indifférence
ils ne laisseront plus de traces
ici comme là bas
tes empreintes s’effacent

tenir le miroir tremblant
dévoiler le visage
toi ma suppliciée
ma tendresse, ma clairière

si proche comme une enfant
si lointaine parfois
si familière

la frontière est fragile
entre les épines
toi, moi, et l’abîme

hier est déjà poussière
à peine demain s’imagine
étrangement je chemine

passagère sur un pont de glace
dis moi qui es tu ?
Raconte moi la mémoire
et les espoirs

et nos voix devront être des plus ténues
des plus délicates
des plus fidèles
à ce presque rien
enfoui au fond de nos calebasses
qui résonnent doucement

et nos voix devront être des plus sauvages
des plus assoiffées
en vérité
qu’elle se transforment en cri déchirant l’air
ne m’étonnerai guère
pareille à toi
je suis étrangère

dans nos jardins de caillasses
les graines sont les mêmes
j’y ferai pousser des églantines
et toi des lendemains
embrassés de jasmin

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