Médias : Formatage et endoctrinement

Les médias nous formatent et nous endoctrinent

Militante à « Touche pas à mon intermittent(e) », Sophie Tissier a été renvoyée de D8 après avoir dénoncé en direct les baisses de salaires que subissaient les intermittents suite au rachat de la chaîne par le groupe Canal+ (voir ici). Elle livre ici une analyse sans concession du monde médiatique et appelle à signer pour la 6e République…

A bas la 5ème République oligarchique !

Que vive la 6ème des Citoyens au pouvoir.

La démocratie n’a encore jamais vu le jour.

Nous avons été bercés d’illusions depuis 1962 par le suffrage universel direct qui met au pouvoir un seul homme. Cette solitude du pouvoir est une faiblesse trop grande qui ne permet pas de résister aux forces multiples des lobbies. La dérégulation au service des profits financiers continue de creuser de plus en plus les inégalités sociales, et le fruit du travail de chacun n’est plus rétribué à la hauteur des richesses produites. Tout se négocie en secret, loin des citoyens qui ne sont pas impliqués dans ces négociations en hauts lieux. Tout cela est très bien organisé dans tous les secteurs de l’industrie, en premier lieu celui des médias, depuis des dizaines d’années.

Il y a un pouvoir sournois, un pouvoir diffus et masqué, qui infuse dans notre société toute entière des valeurs factices, des leurres, qui vont à l’encontre de l’humanisme dont avons besoin aujourd’hui. Un pouvoir pourtant dénoncé depuis longtemps comme étant aux mains des grands groupes financiers et industriels, ou directement relié aux gouvernements et aux politiques, et ce pouvoir est le plus grand danger pour la démocratie. C’est celui qui, malgré notre volonté, nous influence et nous manipule tous à un moment ou un autre, et qui sur les personnes les moins averties, ou refusant d’admettre ce contrôle des esprits et ne voulant pas croire à une soi-disant paranoïa, exerce la pression sociale du politiquement correct. Ce pouvoir est présent dans notre environnement quotidien et nous assaille de ses images toujours plus retouchées, plus enjolivées, plus marquetées.

Ce pouvoir qui nous formate et nous endoctrine est celui des médias, de la publicité et de la télévision, en priorité. Ce pouvoir qui joue des émotions pour atteindre au plus profond les consciences, car les émotions sont les plus forts transferts vers nos âmes, et cela a été compris dès les prémices de la marchandisation par les dirigeants des multinationales. C’est ainsi qu’aujourd’hui, les journaux d’information des grandes chaînes déversent un flot très marquetté et enjolivé de sensationnel, de sport, de « bien-être », de fait divers ou faits de société symptomatiques, de promo d’entreprises, de vedettes factices, mais ils n’expliquent surtout rien des retombées des faits politico-financiers pourtant responsables des problèmes sociaux majeurs. Ils passent sous silence les difficultés de la majorité des Français, et les luttes sociales menées par des héros quotidiens.

On nous sert de l’information tronquée, minimaliste, sans mise en relief dans un contexte historique et où l’analyse reste superficielle volontairement. Surtout ne pas expliquer par exemple, un mouvement de grève, de contestation populaire, si ce n’est dans le but de les desservir, de monter les uns contre les autres, de déclencher des débats stériles qui viennent exciter les plus basses jalousies populaires. C’est exactement ce qui se passe dans le dossier de l’assurance chômage : on montre du doigt une catégorie de travailleurs, les intermittents du spectacle, qui ne fait que contribuer à la grandeur du pays, à son enrichissement tant intellectuel que financier, et on fait croire à tous par des mensonges, maintes fois démentis, mais toujours colportés outrageusement, que ces personnes là spécifiquement sont parmi les plus favorisées du pays et responsables du déficit de la caisse Unedic. « Si vous n’êtes pas vigilants, les médias arriveront à vous faire détester les gens opprimés et vous faire aimer ceux qui les oppriment » prédisait Malcom X, malheureusement visionnaire. Et c’est ainsi qu’on fait avaler sans broncher à tout un peuple une réforme profondément injuste pour tous les Français. Une réforme qui enfonce la tête des plus affaiblis de notre société, les travailleurs précaires, devenus pourtant la nouvelle norme d’embauche et le salariat tant demandé par l’oligarchie patronale.

Ce pouvoir médiatique qui a été décrit il y a déjà longtemps comme étant le 4ème pouvoir, à la suite des trois premiers (exécutif, législatif et judiciaire) est devenu en quelques décennies, avec notamment le développement de la télévision et d’internet, le plus puissant de tous. Le plus puissant car formateur de l’opinion publique (le 5ème pouvoir) et il a pris une telle ampleur qu’il a fait valser l’équilibre fragile des trois premiers pouvoirs. Les lobbies médiatiques des groupes financiers ont réussi à étendre leur domination par ce biais, car ils savent que les gens votent pour celui qu’on leur montre le plus, pour celui qui aura la parole la plus percutante médiatiquement et non pas la plus juste. Les hommes politiques sont devenus de purs produits marketing. Et la précarité des journalistes eux mêmes, baignés et formatés dans cette soupe médiatique où le divertissement se mêle à l’info, les contraint plus ou moins à subir l’omertà. Tout le monde sait, mais personne ne dit rien. C’est le ballet des marronniers de l’information avec toujours les mêmes spécialistes invités. Ces mêmes cercles qui se côtoient bien sûr, lient des amitiés, s’échangent carnets d’adresses et services, et ne se rendent plus compte du monde parallèle dans lequel ils s’enferment et se protègent avant tout. Finalement, ils n’ont rien à envier à la cour des rois de France, il en ont tous les codes, les us et coutumes, avec tous les moyens modernes, et de quoi amuser et divertir le peuple en prime de quelques shows bien calibrés.

Cet état oligarchique de la France n’est pas acceptable, n’est pas digne du 21ème siècle et de toutes les grandes avancées médicales, technologiques et scientifiques passées. On ne peut pas greffer des coeurs artificiels d’un côté et étrangler le peuple de l’autre. Comment peut-on vivre dans un monde si moderne avec un pouvoir oligarchique si rétrograde et sans valeur de l’humanité ? Comment peut-on encore supporter de vivre dans un monde où les beaux discours pseudo-humanistes des politiques sont piétinés à ce point par leurs actes, sans remords ni regrets, et assumés avec une telle arrogance et autant de mépris?

Personnellement, je ne peux plus vivre dans ce monde là sans essayer de le changer, de faire se réveiller les consciences et les courages ! J’aimerais que toutes celles et ceux qui aiment tant se battre virtuellement sur leurs consoles, et qui se réfugient dans un monde ludique et pré-écrit, tant celui du réel leur paraît complexe et insurmontable, et nous renvoie à une impuissance solitaire, j’aimerais que ceux-là aient envie de prendre les armes citoyennes. Tous les jours, les Français passent de plus en plus de temps à jouer sur les écrans, mais pour quelle utilité au final, si ce n’est de s’extraire de la noirceur du quotidien, et gagner un éphémère plaisir ? J’aimerais tant que tous ceux là aient l’envie de se révolter avec tous les outils modernes et citoyens que nous avons à notre portée, parce qu’on ne vit jamais plus pleinement et avec autant de joie que dans l’action de « faire en vrai ». Que tous reprennent espoir et se relèvent, ensemble pour aller concrètement reconquérir nos droits et gagner la justice sociale.

C’est pourquoi j’ai envie d’agir pour qu’advienne une nouvelle République, la 6ème République, citoyenne et réellement démocratique, pas seulement en théorie sur le papier, mais dans les actes fondateurs de cette république, où les citoyens seront les acteurs et les auteurs de la Constitution, écriront et feront exécuter les lois, se réuniront en commissions de contrôle citoyennes pour garantir la séparation des pouvoirs, l’application de la justice et du droit. Ils seront aussi garants de l’expression populaire libre et citoyenne dans tous les médias, et feront du dialogue social le bénéfice de tous, parce que la population française dans son ensemble est riche de talent et d’intelligence.

A mort la 5ème république monarchique.

Que vive la 6ème des citoyens !

Source : Sophie Tissier, militante de Touche pas à mon intermittent-e

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