La gauche mise en miettes par les libéraux du PS (Humanité)

En un an, le président Hollande a réussi à mettre la gauche à genoux. En assumant un social-libéralisme qui ne donne aucun résultat, il a aggravé les divisions à gauche et le fossé béant avec le peuple. La droite et l’extrême droite se frottent les mains de voir le pouvoir si isolé et inefficace.

L’année 2014 n’a pas encore commencé lorsque le président lâche sa bombe contre la gauche. Dans ses voeux, le 31 décembre 2013, François Hollande annonce la création d’un pacte de responsabilité : 40 milliards d’euros de cadeaux au patronat. Conjugués aux 50 milliards d’économies sur les dépenses publiques, c’est Robin des bois à l’envers. Non pas que cette mesure soit la première réforme libérale du quinquennat mais, en 2014, le président de la République assume sa politique pro-patronale.

L’approfondissement de la politique de l’offre, aussi injuste qu’inefficace, creuse encore le fossé à gauche ainsi qu’entre le gouvernement et le peuple.
Après ce coup idéologique, le coût électoral ne tarde pas. En mars, aux élections municipales, l’abstention massive des électeurs de gauche, minorée par les sondages, est un coup de tonnerre : 196 villes de plus de 9 000 habitants basculent à droite. Des bastions historiques du PS tombent (Limoges, Roubaix…), mais aussi du FG (le Blanc-Mesnil, Bobigny, Villejuif, Saint-Ouen, Viry-Chatillon ou Aubagne). Pour ce dernier, les élections municipales ont été le théâtre d’un déchirement public sur la stratégie : autonomie totale vis-à-vis du PS pour le PG contre rassemblement en fonction des enjeux locaux pour le PCF. Au final, personne n’est épargné par la purge, même si le PCF (re)gagne Aubervilliers et Montreuil (Seine-Saint-Denis) et que le PG allié à EELV emporte Grenoble.

Le message est clair : l’électorat qui a voulu le changement en 2012 proteste en boudant les urnes avec une abstention à 37,8 %, record historique pour des municipales sous la Ve République. L’occasion était belle de changer le cap de la politique gouvernementale. La réponse de l’exécutif au lendemain de la débâcle ressemble pourtant à un bras d’honneur. Manuel Valls, le tenant de la ligne sociale-libérale condamnée par les électeurs, est nommé à Matignon.

Celui qui avait obtenu 5 % des suffrages des sympathisants aux primaires socialistes devient chef de la majorité !

À L’ABSTENTION SE MÊLE LA PROTESTATION

Le premier effet de cette fuite en avant est le départ de l’exécutif des écologistes, jusque-là relativement dociles partenaires de la majorité. Cécile Duflot, ministre du Logement, racontera après son départ en avril avoir cru que le gouvernement pouvait changer de politique : « Je me suis fourvoyée », écrit-elle. La majorité issue de 2012 se réduit alors au PS et au PRG pour soutenir un « gouvernement de combat ».

Ce point de rupture fait également émerger la fronde au sein du groupe socialiste à l’Assemblée. La gauche du PS et une partie des aubrystes contestent la politique économique du gouvernement d’aide aux entreprises sans réelles contreparties.
Du printemps à l’automne, plusieurs votes voient l’abstention ou le vote contre de députés qui font vaciller la majorité du président sans toutefois franchir le Rubicon et faire tomber le gouvernement.

Les élections européennes du mois de mai viennent à nouveau sanctionner le gouvernement et laissent la gauche à terre face à une extrême droite conquérante. Avec 14 %, le PS atteint un nouveau record historique tandis que l’extrême droite arrive pour la première fois en tête d’une élection en France (25 %). Mais ces élections européennes viennent confirmer ce que montraient tous les scrutins partiels depuis 2012 : c’est toute la gauche qui pâtit du rejet de la politique gouvernementale. Elle recueille au total 34 % des voix, soit dix points de moins qu’en 2012, et 6,5 millions de voix contre 15,7 millions.

Avec ces élections européennes, le FG terminait un cycle de 5 ans avec des candidatures à toutes les élections. Avec 6,6 % des voix, son score est comparable à 2009 (6,4 %) lors de son lancement où ses dirigeants espéraient, à terme, devenir la première force de gauche. Du côté du PG, on explique ce score par les stratégies différenciées du PCF aux municipales qui auraient rendu la coalition « illisible ». Côté PCF, c’est vers le manque de crédibilité d’une alternative que l’analyse se porte.

25 % DES FRANÇAIS SE DISENT PROCHES DE LA GAUCHE MAIS ENTRE UN TIERS ET LA MOITIÉ DES ÉLECTEURS NE SE RECONNAISSENT PLUS DANS LE CLIVAGE GAUCHE-DROITE.

MACRON ET LE « NOUVEAU PROGRESSISME »

Manuel Valls tire pour sa part argument de la faiblesse du FG pour affirmer qu’« il n’y a pas d’alternative à gauche » et donc que sa politique est la seule possible. Principal acteur de la division et promoteur d’une politique qui mène à l’abîme (réforme territoriale au service de la rentabilité, abaissement des seuils sociaux, coupes budgétaires drastiques), le premier ministre n’hésite pas à affirmer que « la gauche peut mourir ». Il théorise « un nouveau progressisme » basé sur le pragmatisme et l’acceptation de la mondialisation libérale en rupture avec la « gauche passéiste ».

La fin de l’été achèvera l’oeuvre de rétrécissement du gouvernement. Sous le prétexte d’une blague potache d’Arnaud Montebourg, ministre de l’Économie, et de critiques un peu trop appuyées, Manuel Valls présente la démission de son gouvernement et en reforme un, resserré sur la frange libérale du PS. Exit Benoît Hamon, ancien leader de l’aile gauche, jusqu’alors très suiviste, exit Arnaud Montebourg et Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et élue de Moselle, théâtre de l’affaire Florange fin 2012.

Comme un symbole, Emmanuel Macron, ancien banquier chez Rothschild, est nommé à l’économie. Les coudées franches, Manuel Valls, dont la popularité ne cesse de chuter (30 % contre 45 % à son arrivée à Matignon), accourt à l’université d’été du MEDEF où il reçoit une standing ovation après avoir lancé en signe d’allégeance : « J’aime l’entreprise. » Le chômage continue d’augmenter et c’est désormais la déflation qui menace.

LA DÉMOCRATIE LIBÉRALE N’AIME PAS LE DROIT SOCIAL !

C’est l’idée même de gauche qui est désormais en question. Le mot a-t il encore un sens alors que le gouvernement qui s’en réclame mène une politique que nombreux jugent de droite ? Selon différents sondages, même si autour de 25 % des sondés se disent proches de la gauche, entre un tiers et la moitié des électeurs ne se reconnaissent plus dans le clivage gauche-droite.

C’est à partir de ce constat que le PG et Jean-Luc Mélenchon, qui en quitte la coprésidence, décident d’initier un mouvement citoyen, le Mouvement pour la VIe République. Sur le modèle de Podemos en Espagne, le M6R ne se réfère plus explicitement à la gauche mais cherche à « fédérer le peuple ».

Au PCF, tout en partageant cet objectif, on ne veut « pas faire le cadeau au gouvernement de lui laisser l’exclusivité de la gauche ». Les communistes initient des débats rassemblant tous ceux, socialistes, écologistes et FG, qui contestent la politique d’austérité. En fin d’année, au parlement, le budget 2015 n’est adopté qu’à la majorité relative, 69 députés (PS, PCF, PRG, EELV) refusant de le voter.

Le projet de loi Macron, qui libéralise le travail du dimanche et les professions réglementées et qui s’attaque au droit du travail, cristallise les oppositions à gauche comme les hourras du MEDEF. La gauche est morcelée. Dans le même temps, les rapprochements entre FG et EELV se multiplient en vue des échéances départementales et régionales de 2015 pour faire naître un nouvel espoir et conjurer la course à l’abîme que le gouvernement s’applique méthodiquement à poursuivre.

Le FG lancera en janvier « les chantiers de l’espoir » pour mobiliser les déçus du hollandisme et construire l’alternative. Au terme d’une année où tout a été fait pour enterrer la gauche, sa résurrection et l’irruption du peuple sur la scène seront bien les enjeux de 2015.

Source : Cédric Clérin, Humanité, 25 décembre 2014