Immigration : “On sera riche ensemble ou on va se noyer tous ensemble” (Fatou Diome, vidéo)

Sur son blog Mediapart, Pascal Maillard écrit, sous le titre :

Naufrage des migrants
Fatou Diome dénonce l’hypocrisie européenne

“Une vidéo à voir et à partager largement : Fatou Diome, l’écrivaine franco-sénégalaise, auteur du Ventre de l’Atlantique, prend position sur le naufrage des migrants et dit ses quatre vérités aux Européens. Elle cite Schiller : “La dignité de l’homme est remise entre vos mains : gardez-la !”

Fatou Diome est de nationalité franco-sénégalaise. Elle arrive en France en 1994 et vit depuis à Strasbourg. Après des études de lettres à Strasbourg, elle a enseigné à l’université Marc Bloch de Strasbourg et à l’Institut supérieur de pédagogie de Karlsruhe, en Allemagne. Elle est l’auteur de huit livres, dont un recueil de nouvelles La Préférence nationale (Présence Africaine, 2001) ainsi que de cinq romans : Le Ventre de l’Atlantique (Anne Carrière, 2003), et, aux éditions Flammarion, Kétala (2006), Inassouvies nos vies (2008) Celles qui attendent (2010) et Impossible de grandir (2013).

Elle a été cette année la marraine du Prix Louise Weiss de Littérature de l’Université de Strasbourg, organisé en collaboration avec EUROBABEL. En septembre dernier elle livrait à Arte un récit en cinq volets de son expérience dans un camp de réfugiés au Népal, une expérience qui résonne encore plus fortement aujourd’hui, après le drame du tremblement de terre. Ce texte est en ligne ici. Fatou Diome est également l’auteur d’un poème écrit après les événements de janvier, publié ici, et d’un texte de réflexion paru dans l’Edition des invités de Mediapart.”

Pour celles et ceux qui n’ont pas trop de temps :

Deux extraits des interventions de Fatou Diome dans l’émission “Ce soir ou jamais”(24/04/2015 © France 2)

L’homme jeune auquel Fatou Diome s’adresse principalement, le Neerlandais Thierry Baudet, prône la tolérance zéro et la fermeture des frontières comme seules solutions à l’immigration.

L’ensemble de l’émission est visible sur Youtube en 5 parties

Première partie : Présentation des invités 3’12

Pierre Henry, Président de France Terre d’asile

Catherine Wihtol de Wenden,spécialiste des migrations internationales

Sylvie Brunel, géographe

Thierry Baudet, juriste et historien

Régis Jauffret,écrivain

Fatou Diome, écrivain

Gérard-François Dumont, démographe

Alain Bauer, criminologue

Deuxième partie 24’08

Troisième partie 5’21

Quatrième partie 5’30

Cinquième partie 24’55

Voici quelques extraits issus des interventions de Fatou Diome (le « monsieur » auquel elle s’adresse est Thierry Baudet, cité plus haut) :

« Quand vous dites que l’immigration pose un problème, il faut aussi parler des avantages de l’immigration parce que moi, quand je travaille en France, je paie mes impôts ici. Les étrangers qui sont là, il y en a une partie qui peut envoyer [de l’argent] au pays pour aider, mais la majorité paie ses impôts, s’installe dans vos pays, enrichit vos pays. Donc, ce sont des citoyens productifs. […]

Je voulais m’indigner contre le silence de l’Union africaine. Les gens, là, qui meurent sur les plages, et je mesure mes mots, si c’étaient des Blancs, la terre entière serait en train de trembler. Ce sont des Noirs et des Arabes, alors eux, quand ils meurent, ça coûte moins cher. […]

Si on voulait sauver les gens dans l’Atlantique, dans la Méditerranée, on le ferait, parce que les moyens qu’on a mis pour Frontex, on aurait pu les utiliser pour sauver les gens. Mais on attend qu’ils meurent d’abord. C’est à croire que le “laisser mourir” est même un outil dissuasif. Et je vais vous dire une chose : ça ne dissuade personne, parce que quelqu’un qui part et qui envisage l’éventualité d’un échec, celui-là peut trouver le péril absurde, et donc l’éviter. Mais celui qui part pour la survie, qui considère que la vie qu’il a à perdre ne vaut rien, celui-là, sa force est inouïe parce qu’il n’a pas peur de la mort. […]

Au jour d’aujourd’hui, l’Europe ne sera plus jamais épargnée tant qu’il y aura des conflits ailleurs dans le monde. L’Europe ne sera plus jamais opulente tant qu’il y aura des carences ailleurs dans le monde. On est dans une société de la mondialisation où un Indien gagne sa vie à Dakar, un Dakarois gagne sa vie à New York, un Gabonais gagne sa vie à Paris. Que ça vous plaise ou non, c’est irréversible, alors trouvons une solution collective, ou bien déménagez d’Europe car j’ai l’intention d’y rester. […]

Quand quelqu’un part [du pays où il est né pour rejoindre l’Europe, ndlr], c’est comme quelqu’un qui est élu, choisi, peut-être le plus débrouillard. Il y a tout un clan, ou toute une famille, qui pose son espoir sur cette personne-là. Monsieur, là, je vous vois bien habillé, bien nourri. Si vous étiez affamé chez vous, peut-être que votre famille serait ravie d’imaginer que vous pourriez aller gagner de quoi faire vivre les autres. […] [L’espace Schengen], quand il trouve que mon cerveau est convenable, là, il l’utilise. Par contre, ils sont embêtés à l’idée d’avoir mon frère qui n’est pas aussi diplômé que moi et qui pourrait avoir envie de travailler dans le bâtiment. Vos pays deviennent schizophrènes. On ne peut pas trier les gens comme ça, avec les étrangers utiles d’un côté et les étrangers néfastes de l’autre. […]

Quand les pauvres viennent vers vous, il y a des mouvements de foule qu’il faut bloquer, mais quand vous, avec votre passeport et avec toutes les prétentions que cela donne, vous débarquez dans les pays du tiers-monde, là, vous êtes en terrain conquis. Donc on voit les pauvres qui se déplacent mais on ne voit pas les riches qui investissent dans nos pays. L’Afrique se développe à un taux entre 5 et 10%, ce n’est plus de la progression, c’est de la surchauffe. […]

Sauf que quand des pays du tiers-monde se développent et qu’ils n’ont pas les moyens pour gérer tout ça, il faut une ingénierie, il faut une formation, il faut des populations pour installer une démocratie. […] Vous avez besoin qu’on reste dominés pour servir de débouchés à l’industrie européenne. Alors il faut arrêter l’hypocrisie : on sera riches ensemble ou on va se noyer tous ensemble. »

Source du script

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