Nexcis : Enjeu des énergies renouvelables (Politis, soutien)

POUR REJOINDRE LE COMITÉ DE SOUTIEN DE NEXCIS

Energies renouvelables : Heures cruciales pour les salariés de Nexcis

Ce conflit social au cœur des enjeux énergétiques du moment est proche du dénouement. Les salariés font le pari d’une reprise d’activité.

Les 77 salariés de Nexcis, pôle recherche et développement photovoltaïque d’EDF, sont suspendus à une lettre de commande du géant du bâtiment Bouygues, pour appuyer leur projet de reprise.

Lâchés par EDF il y a six mois, ils s’obstinent à vouloir sauver leur emploi en prouvant au passage que l’innovation dans le solaire peut créer une activité industrielle en France. En l’occurrence, ils tablent sur 150 à 200 emplois créés en trois ans pour la construction de vitres solaires intégrées  au bâtiment. Une première mondiale.

Stephan Dainotti, « technicien process » et désormais délégué CGT des salariés, est devenu une des figures de cette lutte dont les enjeux dépassent largement la zone industrielle de Rousset (Bouches-du-Rhône).

Politis : Les salariés ont présenté le 15 juillet un plan de reprise de Nexcis ainsi qu’un projet industriel. Comment est-il engagé ?

Nous avons fait le tour des avocats d’affaires, des investisseurs potentiels, de la chambre de commerce : tous nous ont dit que notre projet était attrayant, mais qu’il nous fallait au moins six mois pour trouver les investisseurs (25 millions d’euros sont nécessaires sur 3 ans).

Or, EDF veut fermer Nexcis le 30 septembre. On a donc revu notre position en mettant sur pied un autre business plan, en retardant les gros investissements. En poussant à fond la capacité de notre ligne préindustrielle, déjà opérationnelle, avec des équipes de travail en « 3-8 », nous pourrions honorer une première commande et générer rapidement du chiffre d’affaires.

Bouygues nous a fait une lettre d’intention pour une commande qui saturerait notre ligne pour les deux prochaines années. Nous attendons d’ici à la semaine prochaine la lettre qui officialise leurs intentions. Elle sera décisive dans la décision d’EDF. Autant dire que nous l’attendons comme le messie (rire).

Nexcis

La direction de Nexcis se réunira le 7 septembre pour donner un avis sur notre plan de reprise. Nous avons besoin de son aval et d’une « process letter » qui mette à notre disposition les locaux et les brevets pendant 3 ans. C’est donc la date couperet pour nous.

Mais l’histoire ne s’arrêtera pas pour autant si EDF rejette notre plan de reprise. Nous avons déjà obtenu un délai de 2 mois grâce à notre lutte [la fermeture de l’usine était initialement prévue le 30 juillet]. Nous pourrons demander un délai supplémentaire pour trouver les financement dont nous avons besoin.

Une chose est sûr : s’il n’y a pas d’accord au 30 septembre, nous ne céderons pas l’outil industriel. Nous camperons ici jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée. Nous ne lâcherons pas.

La direction d’EDF continue d’affirmer que la technologie que vous avez brevetée pour des vitres solaires n’a aucun débouché…

Ils entretiennent une ambigüité malhonnête : le marché est effectivement bouché pour les panneaux solaires classiques, destinés aux « fermes solaires ». Chinois et Japonais tirent les prix vers le bas en vendant à perte, pour tuer toute concurrence.

Mais ce n’est plus notre créneau. Depuis 2014, nous avons investi dans le photovoltaïque intégré au bâti (dit « BIPV »). Aujourd’hui, nous avons un produit nouveau qui n’a aucune concurrence puisque nous sommes les seuls au monde à le faire. Nous pourrions avoir tout le marché pour nous.

A-t-elle essayé de vous « savonner la planche » en torpillant votre plan de reprise ?

Au début oui, nous sentions qu’un lobbying anti-reprise avait été fait par EDF pour saboter nos plans. Il a fallu faire comprendre aux investisseurs que nous pourrions réussir là où EDF abandonne toute ambition. Nous avons fait beaucoup de travail et notre business plan prouve que ce produit est attendu depuis des années par les grands constructeurs du bâtiment.

La loi de transition énergétique va fixer un pourcentage d’autosuffisance électrique pour toute nouvelle construction. Tous les constructeurs vont donc rechercher un produit qu’ils pourront intégrer directement dans le bâti, sans surcoût. C’est le produit que nous apportons. Nous savons que la demande est énorme.

Votre lutte a pris une dimension politique, avec le soutien d’élus locaux et de personnalités nationales. Jean-Luc Mélenchon (PG), Michèle Rivasi (EELV), Nicolas Hulot (Ushuaïa) ). Craignez-vous la récupération ou les règlements de comptes de leurs opposants ?

Nous avons interpelé beaucoup de monde pour appuyer notre lutte. Ils nous ont aidés comme ils ont pu. Mais nous ne voulons être l’égérie ou la mascotte de personne. Les partis ne s’affichent pas sur notre site et nous interdirons les badges et les banderoles politiques.

Cette lutte vous a-t-elle changé personnellement ?

Considérablement. De technicien process, je suis devenu secrétaire général du syndicat, je fais des conférences de presse, je prends la parole en public, j’interpelle des politiques, je participe au montage d’un business plan industriel, je fais des réunions avec des avocats d’affaires… Nous avons tous été changés.

La lutte a fait ressortir des personnalités fortes. C’est une belle aventure humaine malgré tout. Et nous sommes sûrs de son issue.

Source : Erwan Manac’h, Politis, 27 août 2015

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