Elections municipales : Condamner la politique du gouvernement

Richard Moyon, cofondateur du Réseau Education sans Frontières (RESF) était à Mâcon le 14 novembre 2013 où il a rencontré les différents groupes RESF de Saône-et-Loire. Voici un texte publié sur son blog.

NE VOTER QUE POUR DES CANDIDATS DE GAUCHE QUI CONDAMNENT PUBLIQUEMENT LA POLITIQUE DE HOLLANDE

03 MARS 2014 | PAR RICHARD MOYON

Appel à ne voter que pour des candidats de gauche qui condamnent clairement et publiquement les décisions nocives et dangereuses du président Hollande.

La campagne des élections municipales est ouverte, celle des européennes s’annonce, d’autres suivront. Sans être un électeur régulier du Parti Socialiste, j’avais voté et appelé à voter pour Martine Aubry lors des primaires socialistes en 2011 et j’avais mis un bulletin Hollande dans l’urne au second tour des Présidentielles pour être débarrassé de Sarkozy. Ce qui, j’espère, m’autorise à donner les raisons pour lesquelles je pourrais, selon les circonstances, soutenir des candidats NPA, Front de gauche ou certains EELV. Par contre,  je ne voterai que pour ceux des socialistes qui se seront clairement et publiquement démarqués de la politique sociale libérale du gouvernement en matière économique et sociale, du reniement de ses engagements (vote des étrangers, récépissé de contrôle d’identité, PMA) ou qui sont clairs sur la question hautement symbolique de l’immigration.

Le piteux échec du gouvernement à “inverser la courbe du chômage” lui est un prétexte pour justifier des projets de cadeaux par dizaines de milliards d’€uros au patronat financés par l’amputation des cotisations sociales, la dégradation des services publics et l’abaissement du coût du travail, autrement dit, la diminution des salaires directs et différés.

Même si elle n’est pas l’élément le plus déterminant de la politique du gouvernement ni au centre des préoccupations de l’opinion, la politique en matière d’immigration menée par Manuel Valls au nom du gouvernement et du président de la République est le symbole de la continuité avec le quinquennat précédent et révélatrice des dangers qu’elle représente pour l’avenir.

Le ministre de l’Intérieur affiche systématiquement son ambition de réussir autant d’expulsions que son prédécesseur, Claude Guéant, et de ne pas accorder plus de régularisations que lui. Le 23 janvier dernier, il se félicitait : « Le chiffre des retours dits contraints[1] en métropole en 2013 sera supérieur au chiffre constaté en 2007, 2008, 2009, 2010 et 2011 ».

Prétendre rivaliser avec la droite sur ce terrain est odieux et irresponsable. Cela occulte les timides mesures positives prises par le gouvernement : la diminution du nombre des placement des familles en rétention, l’abrogation de la circulaire Guéant interdisant aux étudiants étrangers de travailler à la fin de leurs études, la relative remontée du nombre des naturalisations (en baisse de 40% sous Guéant, remontées de 14% sous Valls, il y a de la marge !) ou encore le fait que les discours des ministres – à la honteuse exception de ceux de Valls sur les Roms — ne comportent plus d’allusions xénophobes ou racistes à la Hortefeux ou Guéant.

Cette continuité revendiquée aboutit à ancrer dans l’opinion l’idée que, si des aménagements à la marge sont possibles et si les discours peuvent varier, la réalité de la politique, les faits et les chiffres, eux, demeurent. Que le gouvernement soit de droite ou de gauche affirme de fait Valls, il n’est qu’une seule politique en matière d’immigration : celle du minimum de régularisations et du maximum d’expulsions initiée par Sarkozy et fièrement poursuivie par Valls !

C’est aussi vrai en matière économique et sociale quand, par exemple, Ayrault rétablit la TVA prévue par Fillon après l’avoir supprimée, quand Moscovici se targue de faire plus d’économies que Woerth (sur les budgets sociaux et les services publics ne précisent-ils pas !) ou encore quand Sapin annonce une diminution du “coût du travail” bien supérieure à celle rêvée par ses prédécesseurs.

Mais le pire est à venir : cette légitimation de la politique de Sarkozy fournit par avance une caution aux mesures les plus dures que prendra la droite pain au chocolat revenue au pouvoir. Les responsables RPR puis UMP se sont appuyés des années durant sur la phrase de Michel Rocard « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde » en « oubliant » la seconde partie « mais elle doit en prendre toute sa part ». On peut être certain que, demain, les ministres du futur gouvernement très à droite justifieront leurs mesures les pires d’un : « Comme le disait très justement Manuel Valls, il faut régulariser le moins possible et expulser un maximum » ou, « Comme le disait M. Valls, le regroupement familial n’est pas un tabou » ou « Manuel Valls le reconnaissait courageusement, les Roms ne sont pas intégrables ».

Une recette étendue aux autres domaines : « Comme Hollande avait commencé à le faire sans y réussir assez, on taille dans les budgets sociaux, la sécurité sociale, les retraites, on abaisse le coût du travail, on met la jeunesse au pas et les immigrés à la porte ».

En reprenant de fait à son compte la politique de Sarkozy, le gouvernement affaiblit idéologiquement ceux qui s’opposent aux thèses de la droite et, par là, contribue à renforcer l’évolution d’une opinion d’autant plus travaillée par l’extrême-droite que les multiples reculs et faux pas du gouvernement l’encouragent. Le renoncement au droit de vote des étrangers et au récépissé de contrôle d’identité, le report de la loi sur la famille, les reculs devant les manifestations des pigeons, des bonnets rouges, et des autres, l’amputation des budgets sociaux, l’ambition de diminuer les salaires directs et indirects au nom de la compétitivité, etc, sont, en plus de leurs effets dévastateurs immédiats, de véritables succès idéologiques de la droite et de l’extrême-droite et, selon toute probabilité, préparent leur victoire politique, le 21 avril 2017.

Nombreux sont sans doute les militants, les responsables et les élus du Parti Socialiste à en avoir conscience… mais bien peu nombreux, hélas, sont ceux qui osent le dire publiquement. Dix années durant, les socialistes ont été de ceux qui ont combattu la politique de Sarkozy sur tous les terrains, apportant souvent, sur celui de l’immigration,  un soutien actif aux jeunes majeurs, aux travailleurs et aux familles sans papiers. Nombreux aussi, faut-il espérer, sont ceux restés –muettement, hélas– fidèles à leurs convictions et qui désapprouvent –in petto– les choix de Hollande.

Même si certains confient discrètement leurs réticences et s’ils manifestent sans doute leur opposition à l’intérieur du parti socialiste, le silence public n’est plus acceptable. On fonce dans le mur, on le sait, mais on se tait publiquement ? Ce silence dans les rangs est irresponsable ! Ne rien dire publiquement revient à cautionner une politique inspirée du quinquennat précédent et qui prépare le retour aux affaires d’une droite travaillée par l’extrême-droite.

Il faut que les militants des partis qui gouvernent, y compris les élus, voire les ministres qui mesurent le danger le disent publiquement et qu’ils s’en désolidarisent.

Je ne voterai ou n’appellerai à voter que pour des candidats qui prendront clairement et publiquement position contre la politique nocive pour le présent et dangereuse pour l’avenir de François Hollande et de son gouvernement. Un choix qui, à sa façon, contribue à l’augmentation du nombre d’abstentions et, par là, à la défaite de candidats socialistes, voire à la perte de municipalités de gauche en mars 2014. Ce sera regrettable et, dans beaucoup d’endroits, douloureux. Mais l’abstention et surtout son augmentation ont un sens politique quand elles sont la conséquence des choix des dirigeants. Il faut que les gouvernants et ceux qui les soutiennent, ne serait-ce qu’en taisant leurs critiques, assument.

Les prochaines défaites électorales seront amères. Mais moins que celles que préparent, pour 2017 et après, le gouvernement actuel et ses soutiens bien pensants ou silencieux.

Il faut que les probables défaites à venir, celle des municipales pour commencer, des européennes pour continuer, soient le signal d’une révolte salutaire de la gauche, électeurs, militants, responsables socialistes compris, de tous ceux qui n’acceptent pas d’être conduits les yeux ouverts mais la gueule fermée vers des lendemains qui déchantent.

Richard Moyon

[1] On appréciera au passage la distinction de l’expression « retours dits contraints » pour désigner un acte aussi odieux qu’une expulsion.

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