Elections européennes et maintenant ?

Barrer la route au FN, austérité Stop, Hollande Stop

Source : blog de  JJDuch du 30 mai 2014

La gravité du résultat des élections européennes ne doit surtout pas être minimisée

Dans un contexte de très forte abstention, en particulier dans les couches populaires, le score du Front national n’a rien de conjoncturel. Il témoigne d’un enracinement qui peut le conduire au pouvoir en 2017 si rien n’est fait d’ici là.

Et on ne peut pas dire que le résultat du scrutin ouvre en quoi que ce soit une alternative pour mettre en échec les politiques d’austérité en France et en Europe qui sont la cause de tout cela.

Que peuvent faire les véritables forces de gauche et en premier lieu le Front de gauche pour enrayer cette dynamique infernale ?

I Hollande premier responsable du désastre

  • Au mépris des engagements pris , il mène une politique néo libérale, dans une soumission servile aux traités européens et à la commission. Les résultats (activité économique, chômage, pouvoir d’achat) sont désastreux mais il continue.

  • Il reprend tous les poncifs de la droite sur la dette, sur les dépenses publiques, sur le rôle des patrons à qui il faut faire une confiance aveugle, sur les « charges » sociales et l’impôt. Il donne ainsi à ces idées de droite une légitimité nouvelle, déstabilisant toutes les forces de progrès.

  • Lui et ses soutiens continuent à se dire de gauche en menant une politique de droite : la « gauche », ce serait donc les salaires bloqués, les boîtes qui ferment au nom de la concurrence libre et non faussée, la précarité, la mise en cause des services publics ?

  • Et on va s’étonner que nombre de travailleurs rejettent cette « gauche » là , qu’ils ne votent pas ou pire qu’ils s’en remettent à la solution frelatée d’un FN porté par les médias au rang de pseudo-alternative à ces politiques néo libérales subies de Sarkozy en Hollande.

Enrayer la montée du FN implique de mettre en échec la politique de Hollande (qu’il va poursuivre sans vergogne et comme si rien ne s’était pas passé).

Hollande n’est pas le moindre mal, il est le meilleur agent électoral de Le Pen.

A ce titre, il doit être combattu, ce qui implique, au-delà d’une nécessaire dénonciation, de dégager une alternative de gauche crédible.

II le Front de gauche, une interrogation stratégique et des faiblesses graves

1) Tout le monde à gauche est tiré vers le bas

  • Le résultat du Front de gauche est décevant. il confirme ce qui a été mesuré dans les élections précédentes : les électeurs socialistes trompés et déçus ne votent pas Front de gauche, ils s’abstiennent et cela concerne aussi l’électorat FDG : les ¾ environ de l’électorat Mélenchon de 2012 ne votent pas, et c’est particulièrement vrai dans les milieux populaires : 19 % de votants en Seine Saint Denis.

  • Devant une perspective bouchée, la réponse n’est pas d’aller vers ceux qui condamnent à gauche la politique Hollande mais de céder au désespoir, à la démobilisation.

Hollande tire tout le monde vers le bas, y compris ses opposants à gauche.

  • La tentation de régler le problème PS en tapant à bras raccourcis sur les « solfériniens » en pensant que cela va conduire à leur effondrement, pour laisser la place au FDG , se révèle être une illusion.

  • Parce que le FDG, au delà de ses textes (souvent excellents) n’arrive pas à faire passer dans les têtes une alternative crédible en terme de propositions , en particulier pour les couches populaires et qu’il n’arrive pas à forger les alliances qui sont une condition de sa crédibilité.

2) Des faiblesses à surmonter

  • Le FDG a du affronter de graves divergences, notamment sur l’attitude à avoir vis-à-vis du Parti socialiste et les élections municipales, qui vont au delà de calculs tactiques . Mais le contexte a bougé, en raison de l’aggravation de la politique de Hollande et du rejet massif qu’elle suscite.

  • Un débat serein : il reste bien des sujets de débat et des divergences à l’intérieur du FDG. Il est indispensable que ces débats soient menés sur le fond (ce qui a été fait de manière très insuffisante de tous les côtés) en évitant les dérapages verbaux, les anathèmes, qui ne peuvent que faire fuir la masse des non initiés (ce qui s’est en partie produit). On doit considérer que celui qui émet une opinion divergente est aussi dans le même camp, et que dépasser certaines limites dans le débat, c’est nous discréditer tous.

  • Le FDG est une force trop étroite : la question de la participation , sous une forme ou sous une autre de tous ceux qui ne sont pas ou plus encartés dans un parti (et qui ne veulent pas l’être) est vitale : sans cela le FDG ne peut compter que sur un potentiel militant trop limité pour atteindre véritablement le peuple. En sachant que ce contact direct avec le peuple est incontournable : ce que les médias font pour le FN, ils ne le feront pas pour le FDG.

  • Les couches populaires, une faiblesse majeure à surmonter : les études sur la structure sociologique de l’électorat le montrent, le FDG est beaucoup plus en prise (électorat et militants) sur les professions intellectuelles, les cadres, les professions intermédiaires que sur les ouvriers et les employés. Ce que faisait il y a 30 ans encore le parti communiste a été perdu. Le regagner suppose de trouver les forces et une manière de parler qui soit accessible à ceux qui regardent BFM et non pas seulement à ceux qui ont une pratique assidue des forums de Mediapart.

  • L’Europe, un rejet massif : le vote a montré un rejet massif de l’Europe libérale hélas au profit du FN qui a su avoir un langage clair et lisible (masquant en ce qui le concerne sa démagogie) à l’inverse du FDG incapable d’énoncer comment parvenir concrètement, dans le contexte institutionnel actuel à une Europe pour les peuples.

III Des pistes pour avancer

1) Le FDG doit rester lui-même :

  • Il est à l’heure actuelle la seule garantie d’un programme cohérent, qui ouvre effectivement une voie de sortie de la crise, il est la garantie de ne céder en rien sur l’austérité budgétaire, sur les services publics, sur le pouvoir d’achat : aucun de nos partenaires potentiels n’offre cette garantie, que ce soit EELV, favorable à la libéralisation de l’énergie ou certains protestataires socialistes qui proposent de ne réduire les dépenses publiques que de 35 milliards au lieu de 50.

  • Il ne s’agit donc pas de mettre en sommeil le FDG au profit d’un rassemblement plus large mais de le renforcer, de le rendre plus cohérent, plus convaincant, de trouver, pour illustrer ses propositions, des formules qui parlent au peuple. La condamnation absolue de la politique actuelle doit surtout s’appuyer sur la mise en valeur de nos contre-propositions : montrer qu’on peut faire autrement, que Hollande n’agit pas ainsi parce qu’il y serait contraint mais parce qu’il le veut, pour servir la finance.

2) Ecarter les illusions

Certains espèrent qu’une révolte massive des parlementaires socialistes contraindra Hollande à changer de politique.

  • En fonction des liens d’appareil, le pouvoir a les moyens pour contraindre beaucoup à ne pas dépasser la protestation verbale.

  • C’est ignorer ce qu’est la cinquième République : il est possible qu’une scission intervienne, que quelques dizaines de députés partent, que le PS perde la majorité absolue, mais le gouvernement Valls y survivra (certes dans des conditions moins confortables), par l’usage du 49/3 et par des renforts venus de l’UDI, voire de l’UMP.

  • Un bras de fer s’engage et va durer jusqu’en 2017 (si Hollande tient jusque là) et il conditionnera la sortie de cette situation, vers le pire, si nous n’enrayons pas la mécanique austéritaire, vers un mieux dans l’autre hypothèse.

  • La seule chose qui puisse mettre à bas avant 2017 la politique menée, serait un mouvement social de très grande ampleur, qui dépend évidemment aussi des contre-propositions que l’on popularise et des alliances que l’on noue.

3) Des alliances multiformes

  • Tout d’abord l’objectif ne peut être que la mise en échec de la politique de Hollande et le dégagement d’une alternative : c’est dire qu’on ne peut rien faire avec la clique au pouvoir, ni avec sa garde rapprochée, genre les 21 députés qui lundi ont demandé une nouvelle reforme des retraites et la reforme de l’indemnisation du chômage !

  • Mais des parlementaires (combien ?), des élus locaux, surtout les petits, des militants peuvent basculer au moins sur certains sujets. La ligne de partage doit être que le socialiste « fréquentable » est celui avec qui on peut avoir une action commune, une expression commune par une manifestation, un vote. Cela pourra être le vote sur le collectif budgétaire, les votes sur les mesures de régression sociale dans les cartons, des votes sur le Traité transatlantique (à l’inverse de l’Assemblée, plusieurs Conseils régionaux ont voté sur ce sujet), sur la suppression des départements et on aura les uns sur certains sujets et pas sur les autres.

Trois observations majeures

  • Plus le FDG (et les organisations syndicales) sera actif sur un sujet, plus on obtiendra que certains socialistes « sortent du bois ». Ça ne viendra pas tout seul.

  • Construire, sans se renier, des alliances plus larges rend nos propositions plus crédibles, plus accessibles.

  • Cela peut mener, avec ceux qui se décideront à rompre avec Hollande pour de bon, à un rassemblement plus permanent qui ouvre une perspective politique.

4) Une 6ème République

  • Il s’agit de redonner à la politique son honneur. Dés maintenant, il faut exiger que la politique soit plus démocratique : mandat unique, limité dans le temps au moins pour les parlementaires et les grandes communes, statut de l’élu pour permettre une réinsertion professionnelle, élection des assemblées à tous les niveaux à la proportionnelle.

  • Recours simplifié, y compris sur initiative citoyenne, au référendum, notamment pour révoquer une loi ou une décision d’une collectivité territoriale.

  • Il s’agit de donner aux citoyens la garantie que le pouvoir politique ne sera plus un entre soi d’un parti, d’un clan ou d’une « classe politique », mais l’exercice pendant un temps limité d’un mandat donné par le peuple.

  • L’expérience actuelle montre, au-delà, qu’il faut sortir de ce système où un monarque pendant cinq ans décide comme bon lui semble. La fonction présidentielle doit être sérieusement rabotée, le pouvoir exécutif revenant à un premier ministre (un président du conseil) élu par l’assemblée et responsable devant elle, ce qui permet de corriger les dérives et les retournements (suivez mon regard).

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