Des militants communistes appellent à signer pour la 6e République (M6R)

Pour une République socialiste et internationaliste !

La crise du capitalisme français frappe des millions de jeunes, de salariés et de retraités. Le chômage, la pauvreté et la précarité augmentent sans cesse. Les fermetures et plans sociaux se multiplient. Aux effets structurels de la crise s’ajoutent ceux d’une politique d’austérité sans précédent sous un gouvernement « socialiste ». Valls et Hollande n’ont qu’un seul impératif, qui détermine toute leur politique : défendre les marges de profit du grand patronat au détriment de l’écrasante majorité de la population. Les riches continuent de s’enrichir. Au deuxième trimestre 2014, les dividendes versés par les grands groupes français à leurs actionnaires ont augmenté de 30 %, soit 41 milliards d’euros, le chiffre le plus élevé en Europe. Au cours du même trimestre, des dizaines de milliers d’emplois ont été supprimés.

D’énormes quantités de colère et de frustration s’accumulent sous la surface d’une société dont la stabilité n’est qu’apparente. Le gouvernement bat des records d’impopularité. Un puissant courant souterrain de mécontentement cherche une issue, un moyen d’expression. Le même phénomène – dont le caractère international est évident – a provoqué la rapide ascension de Podemos en Espagne et de Syriza en Grèce. En France, le succès de la campagne du Front de Gauche, en 2012, lui ouvrait de grandes perspectives. Mais elles ont été gâchées par des alliances sans principes avec le PS et les Verts, deux partis alors au pouvoir et menant une politique de rigueur. Ces alliances et la division du Front de Gauche ont porté un coup sévère à sa crédibilité. En s’orientant vers de nouvelles alliances électorales sans principes avec le PS et les Verts, la direction du PCF s’obstine dans l’erreur et, au passage, risque de complètement marginaliser le parti. En conséquence, le Front de Gauche est dans l’impasse, pendant que le FN répand sa démagogie soi-disant « anti-système » avec un certain succès.

Impulsé par Jean-Luc Mélenchon et la direction du Parti de Gauche, le Mouvement pour la Sixième République (M6R) est une tentative de sortir de cette impasse, de donner une expression politique de masse – sur la gauche du PS – à la colère qui monte dans le pays. Directement inspiré de Podemos en Espagne, le M6R se présente comme un adversaire résolu des politiques d’austérité menées par les dirigeants du PS. Il se fixe également comme tâche de « donner le pouvoir au peuple ». Révolution partage ces objectifs ; nous signons donc l’appel du M6R « pour la VIe République ». Et ici, nous préciserons à quelles conditions, selon nous, ces objectifs peuvent être atteints.

Sur l’Assemblée constituante

Voici le court texte d’appel à signature du M6R : « Je demande l’élection d’une assemblée constituante qui fonde avec les citoyens la 6e République. Une République débarrassée de la monarchie présidentielle et fondant les nouveaux droits personnels, écologiques et sociaux dont notre pays a besoin. » Il propose donc le processus démocratique suivant : lutte immédiate pour la convocation d’une Assemblée constituante, puis élection de celle-ci, qui rédigerait alors la constitution de la VIe République.

L’Assemblée constituante a joué un rôle important dans la Grande Révolution française de 1789-93, face à la monarchie absolue. Le mot d’ordre d’Assemblée constituante a joué un certain rôle dans la révolution russe de 1917, face à l’autocratie tsariste. Plus récemment, ce mot d’ordre pouvait encore jouer un rôle progressiste face aux dictatures militaires en Egypte et en Tunisie, par exemple. Mais dans notre vieille et vermoulue république française, beaucoup de gens nous demanderont : en quoi une Assemblée constituante serait-elle très différente de l’actuelle Assemblée nationale, qui vote chaque jour le pillage des pauvres au profit des banquiers ? Les élus à la constituante ne seront-ils pas les mêmes vieux professionnels de la politique, les mêmes vieux dirigeants locaux et nationaux des mêmes partis ?

A cela, on pourrait répondre : « La constituante sera élue sur la vague montante de la « révolution citoyenne » : cela déterminera sa composition politique. Les partisans du M6R y seront majoritaires. » Or s’il en est ainsi, ils seront également majoritaires à l’Assemblée nationale, d’où ils pourront engager la transformation en profondeur du pays. Mais dans ce cas, à quoi bon élire une constituante ? Pourquoi ne pas légiférer via l’Assemblée nationale ?

Les travailleurs ont une attitude très concrète à l’égard de la démocratie, qu’ils considèrent comme un moyen de satisfaire leurs revendications – et non comme une fin en soi. Exaspérés par les conséquences de la crise et de la politique gouvernementale, ils veulent des solutions rapides à leurs problèmes les plus pressants. En écoutant l’ensemble du processus démocratique proposé par le M6R, nombre d’entre eux demanderont : « et ça nous prendra combien de temps ? » La réponse du M6R est : jusqu’au lendemain des élections de 2017 – ou avant s’il y a des élections anticipées. Cette perspective paraîtra bien abstraite à beaucoup de salariés, non parce qu’elle serait trop difficile à comprendre, mais parce qu’elle est trop déconnectée de leurs problèmes les plus brûlants.

Pour s’ancrer solidement dans le peuple, le M6R doit donner un contenu économique et social clair au projet de VIe République. En outre, il doit lier ce programme aux luttes et revendications quotidiennes des salariés. C’est fondamental. Le M6R doit intervenir dans les luttes en cours et y enraciner son projet de rupture avec la dictature des banquiers. N’oublions pas que Podemos, en Espagne, est un prolongement politique de grandes luttes des travailleurs espagnols – et qu’en retour Podemos est aujourd’hui perçu par des millions d’Espagnols comme un instrument de leur lutte contre les politiques d’austérité. Si cet élément fondamental fait défaut au M6R, cela risque d’entraver sa transformation en un mouvement de masse.

Le pourrissement de la Ve République

Il faut bien sûr défendre des réformes démocratiques. Par exemple, nous devons proposer la fermeture du Sénat, cette institution composée de notables élus par d’autres notables et dont le budget annuel s’élève au chiffre incroyable de 300 millions d’euros. Utilisons cet argent pour construire des écoles et des hôpitaux : le pays en a besoin. Le M6R doit également défendre le droit de vote des immigrés à toutes les élections et la régularisation de tous les travailleurs sans-papiers.

Il est clair que la Ve République est pourrie jusqu’à la moelle. Ses institutions sont gangrenées par les passe-droits et la corruption en tous genres. La succession des « affaires » ne lève qu’un coin de voile sur l’ampleur de ce phénomène. En dernière analyse, cependant, cette crise des institutions n’est que l’expression de la crise du système économique sur lequel elles reposent et qu’elles ont pour fonction de défendre : le capitalisme. C’est la racine du mal.

Dans la Ve République française comme dans tous les autres types de régimes en Europe, le véritable pouvoir ne réside ni dans les assemblées élues au suffrage universel, ni dans les conseils des ministres, ni même dans les palais présidentiels ou royaux. Il réside dans les conseils d’administration des banques et des multinationales. En France, une centaine de grandes familles capitalistes a une influence décisive sur la politique menée par les gouvernements successifs. Lénine caractérisait la démocratie bourgeoise comme « le masque temporaire de la dictature du Capital ». C’est encore plus vrai aujourd’hui qu’à l’époque de Lénine, car la concentration du capital a acquis depuis des proportions colossales. On peut trouver des traits monarchiques à la fonction présidentielle en France. Mais François Hollande est à genoux devant le grand Capital, véritable roi du monde contemporain.

Pour une République socialiste

Si la VIe République ne détrône pas ce monarque moderne, elle ne sera qu’une république bourgeoise de plus. Le M6R doit donc lier la lutte pour des réformes progressistes – et contre toutes les attaques du gouvernement et du patronat – à la nécessité d’en finir avec la domination de l’économie par une poignée de milliardaires qui ne s’intéressent qu’à leurs profits. La remise en cause de la grande propriété capitaliste doit constituer l’axe central de son programme.

Il faut accroître massivement le périmètre du secteur public. Jusqu’où ? Dans le JDD du 12 octobre dernier, Jean-Luc Mélenchon explique : « Je trouverais absurde de nationaliser les coiffeurs. Par contre, avoir privatisé les installations hydro-électriques est stupide et dangereux. » Effectivement, il serait absurde de nationaliser les coiffeurs, les restaurants et les toutes petites entreprises en général. Elles n’ont d’ailleurs pas d’existence économique indépendante ; elles sont soumises aux banques et aux grands fournisseurs. Mais les grandes entreprises de la taille d’EDF et GDF-Suez, en ce qui concerne l’énergie, devraient être à 100 % publiques, en effet. Et toutes les multinationales des secteurs bancaire, industriel et commercial devraient être nationalisées et placées sous le contrôle démocratique de la population, dans le cadre d’une planification socialiste et démocratique de la production. C’est la seule façon d’en finir avec le chaos du marché et tous les maux qu’il engendre : régression sociale, guerres impérialistes et saccage de l’environnement. Il n’y aura pas de « planification écologique » sans planification économique. Le meilleur moyen de « donner le pouvoir au peuple », c’est de l’aider à prendre en main l’appareil productif pour satisfaire les besoins du plus grand nombre.

Les travailleurs au pouvoir auront leur propre constitution, bien sûr. Mais en dernière analyse, une constitution n’est jamais que l’expression juridique d’un rapport de force entre les classes. C’est donc sur cette question – quelle classe doit prendre les rênes de la société – qu’il faut insister.

Une République française réellement socialiste, débarrassée de la course infernale au profit, serait une énorme source d’inspiration pour les peuples du monde entier. Elle déclencherait une vague révolutionnaire dans toute l’Europe, ouvrant la perspective d’une Fédération des États socialistes d’Europe. Sur cette base, l’énorme potentiel productif européen permettrait d’éliminer rapidement toutes les formes de misère. Le M6R doit défendre cette perspective internationaliste contre la propagande nationaliste et raciste qui vise à diviser les travailleurs et à détourner leur attention des véritables causes de la crise. Nous devons également nous opposer fermement à toutes les interventions de l’impérialisme français en Afrique et au Moyen-Orient.

L’exemple de la révolution vénézuélienne

Parmi les sources d’inspiration du M6R figure l’expérience des gouvernements progressistes au Venezuela, en Équateur et en Bolivie depuis la fin des années 90. Au Venezuela, par exemple, Chavez a fait adopter dès 1999 une nouvelle constitution, plus progressiste que la précédente. Elle introduisait, entre autres, un « référendum révocatoire » concernant tout élu à mi-mandat, mesure que Mélenchon défend régulièrement.

La constitution bolivarienne de 1999 a joué un rôle non négligeable dans le processus révolutionnaire vénézuélien. Cependant, elle n’a pas empêché l’oligarchie vénézuélienne et l’impérialisme américain d’organiser un coup d’État en avril 2002. Ce qui a permis de chasser les putschistes en 48 heures, ce n’est pas la constitution en elle-même : c’est la mobilisation massive, dans la rue, du peuple vénézuélien. Deux années plus tard, en 2004, l’oligarchie a utilisé la possibilité du référendum révocatoire pour organiser une campagne frauduleuse visant à renverser Chavez. Là encore, c’est la mobilisation révolutionnaire du peuple vénézuélien qui a écarté le danger.

Aujourd’hui, l’économie vénézuélienne est victime du sabotage systématique de l’oligarchie – en partie à des fins spéculatives, en partie à des fins politiques, c’est-à-dire dans le but d’affaiblir le gouvernement de Maduro. Inflation, pénurie, corruption, chômage : 16 ans après l’arrivée au pouvoir de Chavez, ces fléaux exaspèrent de nombreux Vénézuéliens. Une lassitude s’installe qui fait courir un grave danger à la révolution. Quelle est la source fondamentale de ce danger ? Tel ou tel défaut de la constitution bolivarienne ? Non : c’est le pouvoir économique de l’oligarchie, qui contrôle toujours de larges pans de l’appareil industriel, financier et commercial du pays, et qui s’en sert contre le peuple et le gouvernement. Tant qu’il en sera ainsi, la révolution vénézuélienne sera menacée. En France comme au Venezuela, il n’y a pas d’alternative viable à l’expropriation des grands capitalistes.

L’attitude du PCF

Tout ce qui précède vaut pour le M6R comme pour le Front de Gauche en général, et notamment pour sa force militante la plus nombreuse : le PCF. Le M6R ne se présente pas comme un parti, mais comme un mouvement auquel toutes les organisations de gauche – politiques, syndicales ou associatives – peuvent participer. L’objectif du M6R est de mobiliser très au-delà des forces militantes et sympathisantes du Parti de Gauche. Ce qu’il propose interpelle donc directement le PCF.

De milliers de militants communistes ont sans doute déjà signé l’appel du M6R. Cependant, la direction du PCF n’appelle pas à le signer. Elle ne mobilise ni ses militants, ni ses sympathisants sur cette question. Elle se contente de reprocher à Mélenchon d’enterrer le Front de Gauche. Or comme nous l’avons dit plus haut, le Front de Gauche a été affaibli, non par le lancement du M6R, mais par les erreurs passées des dirigeants du PCF et du Parti de Gauche – et singulièrement par la stratégie erronée de la direction du PCF à l’égard du PS.

Les leçons de ces erreurs ont-elles été tirées, depuis, par la direction du PCF ? Non. Elle revendique son droit de poursuivre la stratégie suicidaire des alliances avec le PS et les Verts aux prochaines échéances électorales. En attendant, elle se tourne vers les soi-disant « frondeurs » du PS dans l’espoir de constituer avec eux – et avec des responsables Verts en mal de postes – une « majorité de gauche alternative ». Or les « frondeurs » réclament au gouvernement un peu moins de rigueur, mais n’en contestent pas le principe. A l’Assemblée nationale, ils s’abstiennent, au mieux, sur la politique d’austérité du gouvernement. En conséquence, ils n’ont aucune espèce de crédibilité chez les éléments les plus combatifs de la jeunesse et du mouvement ouvrier.

Le PCF n’a rien à gagner – et tout à perdre – à de savantes manœuvres avec ces « frondeurs » sans fronde, comme avec les ex-ministres Montebourg et Hamon, lesquels ont soutenu toutes les mesures réactionnaires du gouvernement jusqu’à ce qu’ils en soient évincés. D’ailleurs, si le M6R lui-même n’expose pas clairement la faillite des « frondeurs », dirigeants Verts et ex-ministres, s’il leur ouvre les bras sous couvert d’« unité » sur le principe général d’une VIe République, cela risque de profondément discréditer le mouvement. Les travailleurs conscients se méfient au plus haut point – et à juste titre – des Hamon, Montebourg et consorts. Le succès de Podemos, en Espagne, s’explique notamment par son opposition frontale à tous les dirigeants politiques associés, d’une façon ou d’une autre, aux politiques d’austérité. C’est une leçon très importante pour le M6R et l’ensemble du Front de Gauche !

Révolution appelle les militants du PCF à signer l’appel du M6R, mais surtout à intervenir dans ce débat en défendant un programme communiste, c’est-à-dire un projet de république en rupture avec le système capitaliste. C’est la meilleure contribution que le PCF puisse apporter à ce mouvement. Elle n’affaiblira pas le parti mais, au contraire, le renforcera, car un nombre croissant de jeunes et de travailleurs cherchent une alternative au capitalisme en crise.

Conclusion

Jean-Luc Mélenchon affirme que les élections de 2017 seront « une insurrection ». Ce qui est clair, c’est que tous les éléments d’une crise révolutionnaire, en France, sont en train de mûrir. Il nous est impossible d’en prévoir la date. Mais nous savons à quelles conditions cette révolution sera victorieuse. Elle devra transférer le pouvoir économique et politique entre les mains du salariat, sans lequel rien n’est produit. Elle devra appeler les travailleurs du monde entier à suivre son exemple. Elle devra en finir avec l’enfer du capitalisme et de l’impérialisme. La campagne électorale de 2017 – si les élections n’ont pas lieu avant – peut jouer un rôle important dans ce processus. Ce qui importe, dès à présent, c’est de réarmer la jeunesse et le mouvement ouvrier avec les idées et le programme du marxisme, les seuls qui soient à la hauteur de cette tâche immense.

Premiers signataires : Jérôme Métellus (PCF 75, rédacteur en chef de Révolution), Marie-Hélène Lewkowicz (PCF 75), Hubert Prévaud (PCF 31), Maïder Bugnon-Olano (PCF 75), Jules Legendre (PCF 69), Martin Carmine (PCF 71), Suzanne Loriol (PCF 31), Pierre Ginon (PCF 75), Naïké Caldera (PCF 31).

Vous pouvez ajouter votre signature à cet appel en indiquant vos noms, prénoms et engagements éventuels en utilisant les commentaires de cet déclaration collective.

[1] Certains proposent de trancher le problème en tirant au sort – parmi « le peuple » – les constituants. Qu’on en vienne à préférer le fruit du hasard aux élections en dit long sur la popularité de la classe politique actuelle. Toujours est-il que ce serait une évidente régression démocratique. Il y a une lutte de classes au sein du « peuple », chacune cherchant à utiliser les élections à son profit. Notre classe – celle des salariés – ne peut s’en remettre au hasard pour choisir ses candidats ; elle doit sélectionner dans ses rangs ceux qui la représentent le mieux. Le fait que les dirigeants actuels de la gauche soient mauvais n’est pas une raison pour renoncer à l’idée d’en sélectionner de bons !

Des camarades citent les grandes heures de la démocratie athénienne, qui s’en remettait parfois au hasard. Mais n’oublions pas qu’Athènes reposait sur un esclavage de masse ! Le M6R trouvera facilement de meilleures références.

Source : Pour une République socialiste et internationaliste !