Crise dans le monde agricole (Confédération paysanne et Humanité)

Voir le livret de la France insoumise : Pour une agriculture écologique et paysanne


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La Commission européenne s’acharne à ruiner les paysans

A quoi jouent les commissaires européens quand ils viennent devant le Parlement de Strasbourg pour tenter de rassurer des députés européens inquiets des conséquences désastreuses du libre échange pour les paysans et pour notre souveraineté alimentaire? Selon la Commissaire en charge du Commerce venue récemment s’exprimer devant ces députés « l’approche de l’Union européenne pour les accords commerciaux – ambitieuse côté exportations et prudente pour les importations sensibles – fonctionne ». Mais Cecilia Malmtröm concède que « les modèles utilisés dans l’étude d’impact (de la Commission, ndlr) aboutissent à des résultats qui peuvent être inquiétants » et « donnent à réfléchir » dans certains secteurs à commencer par celui de la viande bovine, dont les prix sont trop bas depuis des mois en Europe. Néanmoins, face aux députés, la commissaire estime qu’il faut « traiter les résultats avec prudence et éviter toute réaction excessive».

Il va de soi que la Commission a intérêt à dire cela après avoir signé avec le Canada cet accord commercial appelé CETA. Il permettra à ce pays d’exporter sans droits de douanes quelques 60.000 tonnes de viande bovine par an dans une Europe qui n’en n’a pas besoin, ce qui fera encore chuter les cours sur le marché intérieur . Et ce sera particulièrement grave pour la France qui possède deux gros troupeaux de vaches, laitières et allaitantes, soit un total proche de 8 millions de mères. Et comme elles font naître un veau tous les ans, la production de viande devrait encore augmenter de 1% en 2017 selon l’Institut de l’élevage.

S’agissant de Phil Hogan, l’incompétent commissaire irlandais en charge de l’Agriculture, il a déclaré devant ces mêmes députés : « je crois qu’il y a clairement un intérêt à maintenir notre programme pour le commerce international afin de garantir que nous n’abandonnons pas des parts de marché existantes à nos concurrents commerciaux ». Dans cette phrase de Phil Hogan, il y a la volonté de continuer de négocier avec les Etats Unis pour avoir avec le TTIP ou TAFTA un accord de même type que le CETA négocié et déjà signé avec le Canada, mais que les parlements nationaux des pays membres de l’Union et le Parlement européen doivent encore ratifier.

Plusieurs associations européennes, dont CIWF France, ont produit une étude qui vient d’être rendue publique. Elle montre que l’élevage européen à tout à perdre en qualité de vie pour les animaux, en qualité de viande pour les consommateurs et en revenu pour les éleveurs en cas d’accord de libre échange avec les Etats Unis. Car les Etats Unis produisent beaucoup de viande bovine, porcine et de volailles de manière industrielle. Les élevages y sont conçus comme des camps de concentration pouvant contenir plus de 18.000 bovins à l’engraissement sur un même site. Selon cette étude, « le TAFTA affaiblira et réduira les normes existantes, en particulier celles qui concernent le bien-être des animaux, les aliments génétiquement modifiés, la sécurité des aliments et la santé publique ». Toujours selon cette étude qui observe de près les exigences de la partie américaine dans la négociation, un tel accord aboutirait à : « affaiblir le principe de précaution, affaiblir les normes protectrices via la reconnaissance mutuelle et l’harmonisation des normes et créer de nouvelles situations d’insécurité juridique, les entreprises pouvant « challanger » légalement des réglementations sur une base commerciale ».

Pour illustrer ce dernier danger, l’étude explique que « face à l’organe de règlementation des différends entre investisseurs et Etats, les politiques publiques en faveur de l’intérêt général sont en danger dès lors que lorsqu’elles sont considérées comme entraves au commerce et quand elles empiètent sur les bénéfices des entreprises internationales » . Surtout quand ces entreprises américaines se nomment JBS et Smithfield, leaders internationaux de la viande.

Que penser après cela des propos tenus par Phil Hogan quand il affirme tout et son contraire devant le Parlement européen en plaidant pour une Politique agricole commune qui selon lui « devra intégrer les défis associés à la concurrence mondiale et »- sans que celui lui paraisse contradictoire- « garantir une production durable, la protection de l’environnement et des pratiques résilientes face au réchauffement climatiques» ? Comment tout cela sera-t-il possible en même temps quand la concurrence des produits américains entrant sans droits de douanes en Europe aura pour effet de faire chuter les cours à la production dans les fermes européennes ?

Plutôt que d’écouter Phil Hogan qui, comme l’a déjà fait l’ancien président de la Commission Barroso est peut-être déjà à la recherche d’un point de chute dans une entreprise américaine , mieux vaut partager l’avis émis par la Confédération paysanne et le COAG espagnol dans leur refus de ces « accords de libre échange de l’UE , et particulièrement ceux avec les Etats Unis ou le Canada en craignant le pire pour le modèle agricole durable d’Europe , ainsi que pour la sécurité et la qualité de l’alimentation des 500 millions de citoyens de l’UE ».

Source : Gérard Le Puil, Humanité, 8 décembre 2016

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