Cars Macron : le groupe Megabus se retrouve en faillite (La Dépêche)

La faillite de l’autocariste Megabus, racheté puis lâché par son concurrent Flixbus, marque un nouveau tournant pour les «cars Macron», partis sur les chapeaux de roues à l’été 2015.

Les cars Macron sont-ils en train de démontrer la fragilité de leur modèle économique bâti sur des offres de voyages à prix cassés ? La pratique du low cost dans le transport aérien avec le succès que l’on sait est-elle vraiment transposable dans le domaine du transport par autocar ? Ce sont les questions qu’on se pose avec les difficultés que connaît actuellement Megabus.

Le groupe n’échappe plus à la faillite et, depuis jeudi, une partie des chauffeurs est en grève et leurs représentants font état de négociations au point mort. Pour les syndicats, les cars Macron sont ni plus ni moins en train de prouver les «limites de la libéralisation à outrance». Et, préviennent-ils, le cas de Megabus «ne sera pas unique…»

Pourtant, tout semblait sourire à l’autocariste. Le groupe de transports écossais est une filiale de Stagecoach qui opère aussi des lignes ferroviaires. Megabus annonçait en mars 2015 l’ouverture d’une ligne régulière par autocar entre Paris et Toulouse. Il s’agissait en fait d’un service de cabotage sur la ligne Londres-Paris-Toulouse. Tout comme, et c’était sans doute trop beau, Megabus lançait cet été une ligne Toulouse-Barcelone à 1 €, offre valable aussi depuis Lyon, Montpellier, Perpignan ..!

Mais la chute de Megabus n’est pas vraiment le fruit du hasard.
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L’autocariste se retrouve en faillite. Les 175 salariés exigent un plan social mais les négociations sont au point mort./ AFP

Lâché par Flixbus

Fin juin, le groupe Flixbus annonçait le rachat de l’ensemble des activités de Megabus en Europe continentale. La start-up allemande, qui opère des réseaux domestiques en France, Allemagne, Italie et Pays-Bas, voulait alors étendre son réseau européen à 900 destinations en se renforçant sur le marché domestique français. Mais entre les deux groupes, le mariage a été de courte durée. Début septembre, Flixbus signifiait à son sous-traitant vouloir rompre son contrat. Acculés, les dirigeants de Megabus ont dû engager «une procédure d’information et de consultation de ses représentants du personnel, portant sur le devenir de son activité».

Ce changement de «conducteur» signe la fin de la société dont les 175 salariés se retrouvent de facto sans travail à Bordeaux, Lille, Lyon, Nantes et Paris.

Emmanuel Macron, forcément visé dans cette déroute puisque c’est lui qui est à l’origine de cette libéralisation du marché, expliquait hier : «La faute revient à l’entreprise qui a voulu se développer en cassant les prix et qui se retrouve dans une situation difficile. Mais son activité sera reprise par d’autres. C’est immanquable quand un marché se développe…»

Succès, mais…

Le succès commercial des «cars Macron» est indéniable : 3,4 millions de passagers transportés et 40 M€ de chiffre d’affaires en moins d’un an, selon l’Arafer, le régulateur du secteur. Mais les autocars sont encore loin d’être rentables. Le plus optimiste, Flixbus, affirme atteindre l’équilibre financier en 2017. Son principal concurrent, Ouibus (filiale de la SNCF), y parviendra au mieux en 2018, tandis que l’outsider Isilines (filiale de Transdev) se donne «quelques années» pour dégager des profits. Pour réduire leurs pertes, les trois poids lourds du marché ont commencé par écarter la concurrence, ont réduit leur nombre de dessertes et devraient augmenter leurs prix.

Source : Jean-Marie Decorse, La Dépêche, 19 novembre 2016