Austérité : Toujours plus

Manuel Valls prolonge l’austérité

Le premier ministre a accordé un entretien au journal espagnol El Mundo dans lequel il défend sa politique et annonce que la fin des sacrifices, en France, n’est pas prévue dans les deux ou trois ans qui viennent.

Manuel Valls, homme de l’année 2014. C’est le quotidien espagnol El Mundo qui le dit. L’édition d’hier était accompagnée d’une longue interview, dans laquelle le premier ministre français a défendu son bilan et son plan d’action, quitte à griller la politesse à François Hollande…

Le président de la République avait déclaré que 2015 serait l’année de la « reconquête » après un exercice 2014 « difficile pour les Français », lors de son déplacement le 23 décembre à Saint-Pierre-et-Miquelon. Manuel Valls, lui, a profité de son escapade outre Pyrénées pour lancer un tonitruant : « Je ne veux pas dire aux Français que dans deux à trois ans s’achèveront les sacrifices. »

Au-delà de prendre les devants sur les vœux du président, en direct demain soir à la télévision, l’hôte de Matignon confirme une fois de plus un cap austéritaire qu’il défendra bec et ongles. Il a ainsi annoncé qu’il présidera chaque mois « une commission avec les ministres qui contrôlent le budget et les grandes administrations » pour mener à terme le plan de 50 milliards d’économie. Il a aussi apporté tout son soutien au projet de loi Macron, qui sera selon lui adopté sans embûches au Parlement.

Des points communs avec Gattaz

Sur cette tonalité, l’entretien accordé au journal espagnol vaut surtout pour la vibrante défense de la social-démocratie, pour ne pas dire du social-libéralisme, dans laquelle Valls s’est une fois de plus lancé. Si faire de la politique, c’est se répéter, il a rappelé à l’envi que « la France, comme beaucoup d’autres pays depuis plus de trente ans, vit au-dessus de ses moyens ». Un mensonge, qui, à force d’être rabâché, aurait même fini par porter ses fruits : « Depuis quatre ou cinq ans, (…) il y a une majorité de Français qui sont d’accord (pour dire) que nous ne pouvons plus continuer comme ça. »

Manuel Valls vise ici la dépense publique, et semble se plaindre quand il parle d’une France « qui n’a pas connu une politique d’ajustements aussi dure qu’en Espagne ». Il ose même placer comme explication de son diagnostic « les salaires des fonctionnaires (qui) n’ont pas baissé ». S’il reconnaît que le chômage a augmenté, que le niveau de vie de « certains » Français a diminué, qu’il y a plus de pauvreté, et donc urgence, il argumente une fois de plus vers davantage d’austérité, sans la nommer.

Valls préfère parler « d’efforts », que la France « fait moins que d’autres pays ». À la question de savoir quand ces « sacrifices » cesseront, il répond du tac au tac : « Quand il y aura suffisamment de croissance. » Il base ici, comme toujours, sa politique sur une attente quasi christique d’une relance uniquement possible en flexibilisant le marché du travail et en prônant la compétition à outrance.

Par bien des aspects, son discours ressemble à celui que Pierre Gattaz, patron du Medef, avait tenu dans son face-à-face avec Pierre Laurent dans l’Humanité du 12 décembre. Des exemples ? Valls rappelle sans cesse que « le monde change », et qu’il faut donc s’adapter. Il cite souvent le modèle allemand : « L’Allemagne a fait des réformes sur le marché du travail, sur les retraites. Aujourd’hui l’Allemagne est comme elle est parce que ces pas ont été faits. La France n’a rien fait. »

Brouiller le clivage gauche-droite

Autre point commun avec Pierre Gattaz ? La volonté de brouiller le clivage gauche-droite : « Je ne sais pas si pour les gens il y a une façon de faire des ajustements de droite ou de gauche. » Ou encore ce passage totalement édifiant : « Pour préserver notre modèle social français, nos valeurs, nous devons nous aussi changer. Par exemple, permettre de travailler sept dimanches de plus par an, passer de cinq à douze dimanches. » Mais en quoi une telle ouverture sauverait notre modèle social ? Il ne le dit pas.

Ce qu’il finit par préciser, c’est qu’« ouvrir le dimanche à Paris les grands magasins, c’est permettre que les touristes d’Asie, et surtout de Chine, qui vont visiter le Louvres, Versailles ou les Champs-Élysées le samedi, restent le dimanche ici et n’aillent pas à Londres faire des achats. Nous sommes dans un monde ouvert. » Rien à voir avec le modèle social donc…

Stigmatisant la « vieille gauche », Manuel Valls a par contre rétropédalé sur la suppression du mot « socialiste » dans le nom de son parti, si les militants y tiennent. Il ne s’est surtout absolument pas remis en question : « Tous les partis qui gouvernent au niveau national perdent les élections locales. » Bien sûr, c’est sans doute la seule raison. Rien à voir avec le programme présidentiel de 2012 que Hollande et lui piétinent allègrement.

Chantage face au FN 

Manuel Valls, dans les colonnes du journal El Mundo, a aussi présenté sa politique comme seul rempart au Front national : « Nous sommes dans un moment où, soit nous allons en arrière, dans une France limitée, c’est ce que propose l’extrême droite, soit nous faisons les réformes pour qu’il y ait plus de liberté, plus de progrès. » Il a défendu une Union européenne qui ne soit pas « une Europe de châtiments et d’ajustements » 
que les « gens ne supporteront pas » 
si elle se présente sous ce seul visage. Le projet européen est selon lui à construire, face « aux extrémismes et aux populismes ».

Source : Aurélien Soucheyre, Humanité, 30 décembre 2014