Austérité : Feu sur la dépense publique !

François Hollande a lancé hier le conseil stratégique pour réduire le budget de 50 milliards d’euros « au minimum » d’ici à 2017. Huit syndicats expriment leur mécontentement.

« J’assumerai moi-même la responsabilité et le suivi de ce programme d’économies durant tout le quinquennat », a annoncé François Hollande à l’occasion de ses vœux annuels. Par cette déclaration, le président réitérait sa volonté d’accélérer le «redressement» des finances publiques suivant les engagements européens de la France. C’est dans ce sens qu’hier matin, entouré des ministres de l’Économie, Pierre Moscovici, du Budget, Bernard Cazeneuve, et de la Fonction publique, Marylise Lebranchu, François Hollande a supervisé la première réunion du conseil stratégique de la dépense publique. L’occasion de mettre son gouvernement au pas en enjoignant chacun de ses ministres à «  s’engager personnellement  » dans l’identification des économies à réaliser dans leur secteur. Étalés jusqu’en 2017, ces « efforts » budgétaires représenteront « au minimum » 50  milliards d’euros d’économies, dixit le premier ministre. L’objectif d’un retour du déficit public sous la barre des 3 % (sur la base d’une prévision de croissance de 0,9 % en 2014) d’ici à 2015 servant toujours de boussole. Depuis 2011, ces efforts budgétaires reposaient principalement sur des hausses d’impôts, ils sont convertis pour les années à venir en coupes drastiques opérées dans les dépenses publiques. Le budget 2014 a ainsi entériné 15 milliards d’euros d’économies, auxquelles viendront s’ajouter 18 milliards d’euros en 2015, autant en 2016 et 13 milliards en 2017. «  Chacun doit prendre ses responsabilités et l’État doit donner l’exemple  », s’est justifié Jean-Marc Ayrault. «  Il faut des réformes structurelles, un effort supplémentaire, mais avec un objectif : permettre le redressement économique et social du pays  », a-t-il complété ; arguant que la «  bataille pour la croissance et l’emploi  » nécessite «  d’aller plus vite et plus fort  ».

Dans le détail, cet appel général à la « rigueur » se soldera cette année par 9  milliards d’euros de réduction des moyens de fonctionnement de l’État : un tiers dans les dépenses de fonctionnement, un tiers dans les opérateurs de l’État et les collectivités, et un tiers dans les dépenses d’investissement et d’intervention. Les 6  milliards restants seront obtenus par une limitation de la hausse des dépenses de santé, fixée à 2,4 % pour 2014 et des économies de 2,9  milliards d’euros dans l’assurance maladie : la progression la plus basse depuis 1998. Les médicaments, les tarifs dans certaines spécialités et les hôpitaux seront directement impactés par cet ajustement. « Faire mieux, avec moins » en rationalisation la dépense publique, c’est la formule qu’utilisent alternativement le chef du gouvernement et le premier président de la Cour des comptes, Didier Migaud, pour justifier cette stratégie.

Des revendications syndicales unitaires

Ces choix soulèvent de vives inquiétudes dans le champ syndical. Jusque dans les rangs de la CFDT, on s’inquiétait hier d’une méthode qui risque d’y aller « au rabot », lui préférant un dialogue avec les agents qui permettrait de partir des priorités pour sonder les « besoins ». «  La dépense publique, c’est de l’investissement, c’est de la masse salariale, c’est des solidarités, c’est des services rendus à la population, attention, ce n’est pas qu’un coût, ce n’est pas que des chiffres  », a réagi Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT. En forme d’avertissement, dans une lettre adressée la même journée au premier ministre, les huit syndicats de la fonction publique (CFDT, CFTC, CFE-CGC, CGT, FA-FPT, FSU, Solidaires, Unsa) se sont alarmés des conséquences de ces annonces, déplorant «  un chiffre d’économies budgétaires à atteindre  » qui «  prend le pas sur la nécessité qu’il y a à redonner un rôle à la fonction publique pour faire face aux besoins de notre pays  ». Les syndicats y réaffirment au passage leur revendication unitaire de voir le point d’indice, base de calcul des salaires des 5 millions de fonctionnaires (État, territoriale et hospitalière) que compte le pays, revalorisé. Alors qu’il est gelé depuis 2010, «  cette question essentielle du pouvoir d’achat  », irrite les syndicats, impatients que soient prises «  des décisions qui répondent véritablement à leurs attentes  ». À l’occasion de ses vœux à la presse, Marylise Lebranchu a confirmé hier que s’ouvrirait en mai un cycle de négociations portant notamment sur les conditions de vie au travail, les carrières et les rémunérations des agents. Au vu des dernières orientations du président de la République, les discussions promettent d’être houleuses.

Les stéréotypes font écho

Saisissant au vol les annonces de réductions budgétaires de François Hollande, la droite s’emparait hier des colonnes des Échos pour déverser sa logorrhée anti-étatiste. À travers deux points de vue offerts à deux personnalités… de droite, le quotidien économique conforte certains poncifs. Ainsi, Valérie Pécresse, députée UMP des Yvelines, défend l’idée d’une augmentation de 10 % du temps de travail des fonctionnaires, tandis que son collègue Éric Woerth, célèbre pour avoir imposé la règle du non-remplacement de la moitié de ces personnels partant à la retraite lorsqu’il était ministre du Budget sous le gouvernement Sarkozy, appelle à «  baisser de 20 % les effectifs de la fonction publique ».

Nicolas Dutent

Source : L’Humanité du  24 Janvier 2014