Grèce : Après signature de l’accord par le Parlement (Jean-Luc Mélenchon)

Le parlement grec a voté, d’un bloc, 977 pages de dispositions imposées par l’odieux accord Merkel/Hollande. Ce document, sa taille son contenu ses conditions d’adoption : tout est honteux. Aucun pays libre ne devrait être soumis à un tel procédé qui humilie et ridiculise la démocratie parlementaire. Pourtant telle est la condition pour rester membre de cette Europe-là, dans cette monnaie-là. Tel est le résultat qu’Hollande se vante d’avoir obtenu… C’est un nouveau mauvais coup contre les Grecs, bien sûr. Mais je ne perds pas de vue que c’est aussi un mauvais coup contre notre gauche si elle est si peu que ce soit confondue avec cette mascarade.

De locomotive de la libération européenne, la Grèce deviendrait alors le nouvel exemple de la loi de fer de la TINA (There is no alternative) qui sert de refrain aux puissants et à leurs porte-serviettes des Partis Socialistes en Europe. Ceux qui répétaient déjà en boucle « mais il a capitulé votre ami Tsipras » dès sa première visite à Bruxelles vont s’en donner à cœur joie dorénavant. Je suis donc très satisfait du vote d’opposition à l’accord qu’ont fait les députés PCF (Front de gauche) au Parlement français et des personnalités écologistes comme Isabelle Attard, Sergio Coronado ou Noël Mamère qui nous mettent à distance de cet évènement pitoyable. Voir Benoit Hamon, Henri Emmanuelli et même Christian Paul voter pour cet accord en dit long sur l’état de la soit disant « gauche du PS ». D’autres se sont abstenus ou ne sont pas allés voter ou je ne sais quoi encore dans la pure logique de l’alignement sur le moins disant qui est la direction habituelle vers le néant. Au lieu de cultiver des illusions sur ces « frondeurs » de pacotilles qui n’ont en commun que leur sectarisme à mon égard, mieux vaut travailler sérieusement à la construction des outils indépendants qui nous permettront de saisir l’occasion de retourner la situation en France en 2017. Et pour cela il faut sans détour tirer la leçon numéro un de la reddition de Tsipras.

Le plus important tient à ceci : toute tentative de changer l’Europe de l’intérieur est vouée à l’impuissance si ceux qui l’entreprennent ne sont pas prèts à tirer instantanément et totalement la leçon d’un échec, en rompant le cadre. Autrement dit aucun plan A n’a de chance sans plan B. Et quand vient l’heure du plan B, il ne faut pas avoir la main qui tremble. A l’heure actuelle l’hypothèse la plus vraisemblable est que l’Allemagne et ses satellites ne permettront aucune évolution, aucune révision ni du statut de la Banque centrale européenne ni des traités budgétaires. Il faut donc tranquillement mais méthodiquement préparer la réplique à ce refus. Mais on ne peut ni ne doit exclure la possibilité de pouvoir contraindre l’Allemagne, à défaut de pouvoir la convaincre. Les délires des Schäuble et Merkel ne font pas l’unanimité en Allemagne. Faute de résistance à l’extérieur, l’opposition de gauche n’a jamais trouvé l’espace nécessaire face à l’euro triomphalisme de la droite CDU CSU flanquée de son perroquet du PS allemand le grotesque Siegmar Gabriel ! D’un autre côté le gouvernement allemand peut être aussi interpellé de bien des façons sur ses pratiques déloyales du point de vue même des traités dont il se réclame. Dès lors je me permets de souligner l’intérêt de mon livre « le Hareng de Bismarck- le poison allemand » pour bien comprendre l’imposture du modèle allemand et de sa prétendue réussite. Il a été accueilli très agressivement dans une certaine petite caste médiatique qui me pourchasse depuis la présidentielle de 2012. Ceux-là ont bien la mine de ce qu’ils sont aujourd’hui au moment où déferle la prise de conscience sur la place particulière qu’occupe l’Allemagne et son gouvernement dans le modèle actuel d’Europe.

Jean-Luc Mélenchon, 22 juillet 2015

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