Un an après les attentats, les réponses républicaines de la France insoumise (Humanité)

Jean-Luc Mélenchon a dévoilé jeudi 10 novembre des propositions sur le volet de la sécurité.

A trois jours de l’anniversaire des attentats de novembre 2015, le mouvement de la France insoumise a présenté des propositions en matière de sécurité et de réponse contre le terrorisme. « J’ai trop souffert qu’on laisse croire que nous serions ceux qui sont les désinvoltes sur ces questions, ce n’est pas vrai, c’est le contraire, nous sommes les plus sérieux », a insisté Jean-Luc Mélenchon le jeudi 10 novembre. Prônant le refus du « choc des civilisations » sur la scène internationale, le candidat à la présidentielle a appelé à la mise en place d’une « coalition universelle sous mandat de l’ONU » pour vaincre Daesh. Citant la Turquie et les Etats du Golfe, il a estimé qu’il n’est pas possible d’être « alliés avec ceux qui financent les terroristes » et affirmé son soutien aux Kurdes, qui doivent être associés au processus de paix. Enfin, le candidat a défendu une très large modification de la position internationale française, afin qu’elle redevienne indépendante.

Les questions de sécurité intérieure étaient aussi au centre de la matinée organisée par la France insoumise. Partant du programme L’Humain d’abord de 2012, et de l’ouvrage de François Delapierre « Délinquance, les coupables sont à l’intérieur » paru en 2013, le mouvement a augmenté et enrichi ses propositions, présentées dans un document provisoire intitulé « Sécurité : retour à la raison », qui préfigure du futur livret sécurité du programme de 2017, baptisé l’Avenir en commun. Au sujet de la cohésion nationale, le candidat a notamment fustigé ceux qui amalgament islam et terrorisme, et prévenu contre ceux qui tombent dans ce piège : « L’objectif politique des actes terroristes est de diviser la société française. Il faut l’empêcher. Tous ceux qui concourent à cet objectif sont complices de l’ennemi. »

Conscient du malaise chez les policiers, qui s’est exprimé récemment dans des proportions impressionnantes, et de leur perméabilité avec les thèses du Front national, Jean-Luc Mélenchon a récusé « l’idée qu’il n’y ait qu’une solution possible » et s’est adressé directement à eux : « On peut choisir de voter pour la solution d’extrême droite dans la police et dans l’armée, comme on le fait dans toute la société, mais je veux qu’on sache qu’on peut aussi choisir l’extrême République que j’incarne ». Le candidat insiste sur l’objectif, et la possibilité, de remporter « la bataille (de la sécurité) sans avoir à être contre-républicains. »

De fait, la France insoumise propose un changement total de doctrine et de moyens alloués, et tance les dérives sous Nicolas Sarkozy comme François Hollande. Charlotte Girard, co-reponsable de l’élaboration du programme de la France insoumise, a notamment opposé ces « gouvernants (qui) abîment l’Etat et imposent le paradigme sécuritaire et néolibéral » à l’objectif révolutionnaire qui vise « la conquête des libertés par la sûreté contre l’arbitraire ».

Le mouvement souhaite ainsi réaffirmer l’Etat de droit et sortir de l’état d’urgence, en passant par le parlement. Il invite à mettre progressivement fin à l’opération Sentinelle. Il propose aussi de refonder la politique de sûreté publique autour du triptyque « prévention, dissuasion, sanction », en réhabilitant la police de proximité, en mettant fin à la « politique du chiffre », en réécrivant le code de déontologie des forces de police (la mention des missions de « défense des Libertés et de la République » a été supprimée par Manuel Valls en 2014) et en réaffectant moyens et personnels supplémentaires (10 000 en tout). Renouer avec l’humain et le terrain est également l’option privilégiée en termes de renseignement, plutôt que de mettre l’accent sur la collecte de données informatiques et numériques.

En outre, souhaitant interdire les tasers et les flashballs, revenir sur la fusion de 2008 entre la DST et les RG, modifier la répartition des forces de l’ordre sur le territoire car elle « ressemble de très près à la carte des zones riches et des zones pauvres », Jean-Luc Mélenchon entend « montrer à la population que les tâches de police se font dans l’intérêt général ». Il propose aussi d’« unifier les forces de police dans un même corps constitué », appelé « garde républicaine citoyenne ». « Certaines unités de la gendarmerie continueront à être militaires », précise-t-il, dont la protection des institutions de l’Etat ou des sites sensibles.

Avant la prise de parole du candidat, Georges Knecht, secrétaire général du SNIPAT-FO (syndicat national indépendant des personnels administratifs), membre de la FSMI-FO (Fédération des syndicats du ministère de l’Intérieur), Laurence Blisson, secrétaire nationale du Syndicat de la magistrature, Vincent Drezet, ancien secrétaire national de Solidaires Finances publiques, Alexandre Langlois, secrétaire général du syndicat ultra-minoritaire de la CGT-Police (pour le moins étrange que l’Humanité reprenne les termes de Besse Desmoulières, journaliste du Monde, dont on connait les prises de positions « militantes ») Djordje Kuzmanovic, secrétaire National du Parti de Gauche en charge de l’international et de la défense, s’étaient exprimés, sans que cela ne vaille forcément soutien à la candidature de la France insoumise, tout en partageant nombre des constats en matière de reniements des principes démocratiques fondamentaux, de manques de moyens sur le terrain, de défaut de définition des missions, et de course à l’échalote sécuritaire liberticide bien au-delà de la question de la lutte contre le terrorisme.

Source : Aurélien Soucheyre, Humanité, 13 Novembre 2016

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